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Actualités - Opinions

IMPRESSION - Le chemin de la terre

Et mon père a dit un jour : Celui qui n’a pas de patrie n’a pas de sépulture … Et il m’interdit de voyager ! (Mahmoud Darwiche NRF Mon père 1966) C’est un des romantismes de l’automne que de faire surgir des brumes les mânes oubliés. Et de conduire nos pas vers les vieilles sépultures, sans savoir encore si nous nous adresserons à Dieu ou à nos morts, au souvenir des vivants qu’ils furent ou à l’âme des défunts qu’ils sont. Acrobatie mentale vite résolue par le contact d’une pierre moussue, d’un petit vent froid, d’une rumeur dans les branches, la saveur minérale d’une goutte de pluie au bout de la langue, les arômes surprenants de la fange dont nous sommes. Vite résolue par cette certitude : que tout ce qui revient à la terre est au moins destiné à ce cycle profondément sensuel qui sublime la matière organique et la recompose en éléments de vie. Il vous vient alors des envies de café, de n’importe quoi de convivial. Il vous vient des conversations que la raison réprime, des confidences que vous n’oseriez pas un autre jour, en un autre lieu. Il vous revient des sourires et des reproches et des images qui ont échappé aux photos. Il vous revient que la fête des Morts est aussi une célébration de la terre charnelle. Celle que ne chérit pas l’homme libre, dit-on, mais dont l’amour est fidélité à soi-même et l’horizon de rocaille, promesse d’un éternel retour. Privilège désuet que celui d’appartenir à un lieu quand tout se déracine, et de pouvoir y mourir, nourrir les arbres et faire chanter les feuillages au gré des saisons. S’il fallait se déclarer citoyen du monde pour finir dans un e-tombeau, avec des e-épitaphes, des e-larmes et des e-souvenirs en expirant au moindre encombrement du funérarium électronique sous un delete sans appel ; alors, que la terre chavire, vaisseau fantôme sans destination et sans passagers, que son ventre stérile se désagrège car sans le limon des morts, comment portera-t-il les vivants ?
Et mon père a dit un jour : Celui qui n’a pas de patrie n’a pas de sépulture … Et il m’interdit de voyager ! (Mahmoud Darwiche NRF Mon père 1966) C’est un des romantismes de l’automne que de faire surgir des brumes les mânes oubliés. Et de conduire nos pas vers les vieilles sépultures, sans savoir encore si nous nous adresserons à Dieu ou à nos morts, au souvenir des vivants qu’ils furent ou à l’âme des défunts qu’ils sont. Acrobatie mentale vite résolue par le contact d’une pierre moussue, d’un petit vent froid, d’une rumeur dans les branches, la saveur minérale d’une goutte de pluie au bout de la langue, les arômes surprenants de la fange dont nous sommes. Vite résolue par cette certitude : que tout ce qui revient à la terre est au moins destiné à ce cycle profondément sensuel qui sublime la...