Prises de court après les attaques du 11 septembre, les compagnies de traduction se trouvent soudain catapultées dans la mobilisation linguistique. Selon le New York Times, ces compagnies ont été submergées par une forte demande de traduction en arabe, Dari, Pachtou, Urdu et Ouzbek, langues couramment parlées en Afghanistan. Les mots et expressions à traduire relèvent essentiellement de la conversation courante ne couvrant pas les aspects technique, légal, financier ou médical. Considérées comme langues ésotériques, elles sont devenues soudain attractives. Le FBI, la CIA, les agences gouvernementales et les industries militaires américaines s’intéressent de plus en plus à ces langues. Des annonces publiques parues dans la presse écrite et à la télévision ont fait appel au recrutement de deux cents traducteurs. Ces agences ont été littéralement inondées par des Américains d’origine arabe. Il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus. Les critères de sélection sont rigoureux. Avec cette demande croissante, la pénurie de traducteurs arabes qualifiés et compétents se fait sentir. Ils doivent parler couramment leur langue maternelle, l’écrire et avoir des qualités de chercheurs. Un examen de traducteur professionnel est requis au préalable. Les critères de qualification sont stricts. Les traducteurs doivent montrer patte blanche, avoir la citoyenneté américaine, leur curriculum-vitae minutieusement vérifié, et leur aptitude rigoureusement testée. Les traductions sont supervisées par une équipe de spécialistes. Dans de nombreux cas, les clients font appel à leurs propres traducteurs pour vérifier les résultats et éviter qu’ils soient altérés ou mal interprétés. Les grandes compagnies internationales de traduction comme Ad-Ex Translations Worlwide, Lionbridge Technologies, RWS Group, Berlitz GlobalNET, sont sollicitées par des offres alléchantes provenant essentiellement d’agences gouvernementales, pouvant atteindre plusieurs millions de dollars. Les traductions de l’anglais à l’arabe s’appliquent aux logiciels de communication et manuels de matériel technique. Quant aux traductions du pachtou à l’anglais, elles concernent surtout les conversations téléphoniques enregistrées. De telles demandes étaient inexistantes avant le 11 septembre puisque les liens économiques et commerciaux étaient insignifiants en Afghanistan. Sept milliards de revenus annuels Selon Allied Business Intelligence, une compagnie d’études de marché établie à Oyster Bay, l’industrie de la traduction, couvrant plus de 40 langues majeures, représente un revenu annuel de 7 milliards de dollars. Le travail de ces compagnies porte principalement sur les traductions de littérature pour l’immigration, programmes de logiciel, documents légaux et financiers, manuels techniques, littérature médicale et aide humanitaire, documents politiques, textes des produits de consommation, imprimés et sites sur le Web. Mettant en valeur leur connaissance des coutumes locales et historiques, elles rendent leurs traductions dans leur contexte culturel, une affaire croissante connue sous le nom de «localisation». L’Association américaine des traducteurs, l’organisation professionnelle la plus importante, basée à Alexandria, en Virginie, compte 8 300 membres dont 500 sont d’importantes compagnies de traduction. Le travail est assuré surtout par des traducteurs indépendants. La demande de traducteurs de l’anglais au français, à l’espagnol, allemand ou japonais est la plus courante. L’anglais est la langue des affaires dans les pays arabes. Mais, la langue arabe est devenue un important véhicule. Depuis une trentaine d’années, les compagnies de pétrole et de génie civil ont fait appel à des traducteurs professionnels en arabe. Une plus grande demande s’est fait récemment sentir. Tout porte à croire qu’elle croîtra davantage dès que les groupes humanitaires et les agences gouvernementales auront coordonné leurs efforts en Afghanistan, et lorsque démarreront les travaux de reconstruction de l’infrastructure de ce pays. Et aussi, lorsque les procès légaux contre les terroristes commenceront, les dépositions des accusés se faisant en arabe parlé. Durant la guerre du Golfe en 1991, un travail similaire avait été exécuté par Lionbridge Technologies à des clients, tels l’armée américaine, groupes d’aide humanitaire et comités d’action politique. Les compagnies de traduction privées ont un barème de salaire pour les traducteurs arabes. Elles offrent de 150 à 220 dollars par 1 000 mots. Tandis que le FBI paie ses traducteurs de 17 à 38 dollars de l’heure. Les résultats s’en ressentent. Selon une spécialiste de la traduction, il serait plus judicieux de choisir les traducteurs professionnels parmi les avocats, médecins, banquiers, et pharmaciens d’origine arabe ayant la citoyenneté américaine. Il suffira de leur assurer une formation. Pour faire ce métier, il ne suffit pas de parler l’arabe, il est impératif d’être armé d’un solide bagage intellectuel.
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