Les tribus pachtounes, dont plusieurs milliers d’hommes en armes ont décidé de rejoindre le jihad en Afghanistan, échappent en partie au contrôle du gouvernement du Pakistan qui a abandonné des territoires entiers aux lois ancestrales de guerriers farouches. Les Pachtounes forment une des plus grandes sociétés tribales du monde dont les terres s’étendent du nord-ouest du Pakistan à l’ouest de l’Afghanistan, de part et d’autre de 700 km de frontière à travers des montagnes difficilement pénétrables, comme la célèbre passe de Khyber. Cette identité ethnique et une religion commune, l’islam sunnite, priment sur la division qu’impose la ligne Durand, une ligne de démarcation relativement récente puisqu’imposée par le colonisateur britannique en 1893. Revendiquant un ancêtre commun qui, selon la légende, aurait rencontré le prophète à Médine au VIIe siècle, les Pachtounes du Pakistan comptent deux douzaines de tribus sous-divisées en clans, jaloux de leurs territoires et de leurs coutumes marquées par le code de l’honneur. Un mode de gestion hérité du colonisateur Pour garantir une paix relative avec des sujets rétifs qui s’opposèrent historiquement aux envahisseurs moghols, sikhs et britanniques, le Pakistan moderne a repris un mode de gestion hérité du colonisateur. Même à son apogée, l’empire de sa majesté avait dû abandonner une partie de sa souveraineté à ces hommes de tradition martiale après avoir échoué à les soumettre tout à fait. Les Pachtounes du Pakistan sont aujourd’hui établis dans la Province frontière du nord-ouest (NWFP), créée en 1901 par le vice-roi des Indes, où leurs terres, les zones tribales, occupent environ un quart du territoire. L’autorité du gouvernement central ne s’exerce que sur une partie réduite de ces terres divisées en sept «Agencies», ou zones tribales. Chaque Agency est administrée par un «Political Agent», un haut fonctionnaire pakistanais qui dispose de miliciens recrutés localement. Le Political Agent sert d’intermédiaire entre les chefs de clans, les maliks, et le gouvernement de la province. Sa tâche principale est de veiller à ce que les vendettas tribales ne s’étendent pas aux «Settled Areas», les zones contiguës administrées directement par le gouvernement d’Islamabad. Il ne peut intervenir que sur les routes, où s’exerce l’autorité du gouvernement. Le reste du territoire est un no man’s land régi par les lois tribales des Pachtounes, exonéré d’impôts, où la plupart des habitants vivent en clans dans des hameaux fortifiés. Les territoires tribaux sont d’ailleurs appelés «ilaqa ghair», pays sans loi. L’or, les femmes et la terre La violence et le culte des armes sont fortement enracinés dans la culture politique locale et, pour des raisons de sécurité, les étrangers et Pakistanais non pachtounes n’ont pas accès à ces régions, à quelques exceptions près. Les Pachtounes obéissent avant tout au «pukhtunwali», un code de l’honneur très strict. L’hospitalité en est la première règle et la deuxième la vengeance, c’est-à-dire l’obligation de venger une insulte ou une injustice. Les querelles sont majoritairement causées, comme le dit un dicton, par «l’or, les femmes et la terre». Les femmes sont à l’origine des vendettas les plus sanglantes. Coupables, dans les cas les plus graves, de relations sexuelles avant le mariage ou d’adultère, elles sont exécutées par leurs parents masculins les plus proches afin d’éviter des vendettas qui peuvent s’étendre sur des décennies.
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