Le rejet par Israël d’un appel américain pour un retrait «immédiat» de six villes palestiniennes a accentué la crise entre l’État juif et les États-Unis, mais le Premier ministre Ariel Sharon ne peut pas aller trop loin dans la voie du défi à Washington, selon les analystes. «S’il n’y a pas de nouvel attentat grave, Sharon commencera à retirer l’armée bientôt, car je ne pense pas qu’il veuille s’engager dans une crise de ce genre avec les États-Unis», estimait mardi Joseph Alpher, qui fut l’un des conseillers du prédécesseur de M. Sharon, le travailliste Ehud Barak. L’attitude de M. Sharon, selon les experts, s’explique surtout par les énormes pressions dont il est l’objet de la part de l’extrême droite depuis l’assassinat le 17 octobre de son ministre du Tourisme, Rehavam Zeevi, par un mouvement radical palestinien. Dans les jours qui ont suivi, l’armée israélienne pénétrait dans six villes autonomes de Cisjordanie. Elle s’y trouve toujours. En opposant lundi une fin de non-recevoir très sèche à l’appel du département d’État à un retrait militaire «immédiat» de ces zones, M. Sharon «essaie de rester au pouvoir en tant que Premier ministre d’Israël», a déclaré Gerald Steinberg, expert au Centre Begin-Sadate de l’université Bar-Ilan (conservatrice), près de Tel-Aviv. Il explique que les pressions auxquelles M. Sharon est soumis sur sa droite depuis la mort de Rehavam Zeevi sont au moins aussi fortes que celles en sens inverse émanant de sa gauche, c’est-à-dire du Parti travailliste, qui menace de quitter le gouvernement si l’armée n’évacue pas rapidement les zones réoccupées. De fait, au moment où le département d’État lançait son injonction à Israël pour qu’il se retire de ces villes, une énorme manifestation de la droite rassemblait plusieurs dizaines de milliers de personnes dans le centre de Jérusalem. Le Premier ministre n’avait «pas d’autre choix» que de réoccuper ces villes et de défier Washington, poursuit M. Steinberg, car «l’opinion publique israélienne est en colère». «Il cèdera» La presse et les analystes s’accordaient en tout cas pour dire qu’il s’agit de l’une des crises les plus graves entre l’État juif et son allié américain. Cette crise est le fruit de la nouvelle donne provoquée par les attentats terroristes du 11 septembre aux États-Unis. L’unique priorité de Washington étant maintenant la lutte contre le militant islamiste Oussama Ben Laden, suspect numéro un dans ces attentats, ils attendent de l’État juif qu’il adopte un profil bas vis-à-vis des Palestiniens afin de ne pas offrir aux pays arabes et musulmans une excuse pour ne pas soutenir leur campagne antiterroriste. M. Sharon avait déjà irrité les Américains après le 11 septembre en poursuivant l’offensive militaire contre les Palestiniens et en assimilant M. Arafat à Ben Laden. Il avait ensuite carrément ulcéré la Maison en accusant récemment les États-Unis de sacrifier la sécurité d’Israël sur l’autel de leurs relations avec le monde arabe. La réplique acerbe de Washington l’avait contraint à rentrer dans le rang, mais l’assassinat du ministre israélien lui a fourni l’occasion de revenir à la charge, en comparant cette fois M. Arafat aux taliban au pouvoir à Kaboul, qui protègent Ben Laden. À en croire M. Sharon, le meurtre de Rehavam Zeevi contraint Israël à combattre M. Arafat de la même manière que les attentats du 11 septembre ont forcé le président George W. Bush à s’attaquer aux taliban. Un argument que Washington rejette. M. Sharon doit effectuer une nouvelle visite le mois prochain aux États-Unis, sa troisième depuis son arrivée au pouvoir en mars, mais «il ne peut aller à Washington dans une telle situation», assure M. Alpher, qui prédit qu’il cèdera d’ici là. Dans le cas contraire, il envisage «une escalade des réactions américaines sous des formes que nous avons vues dans le passé», par exemple le refus de rencontrer les représentants israéliens, y compris le Premier ministre, ou des retards dans le versement de l’aide américaine.
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