L’avenir de la presse écrite est-il mis en péril par la montée en flèche de nouvelles technologies, notamment l’Internet ? La mondialisation risque-t-elle d’uniformiser le message journalistique ? Qu’en est-il des journalistes, leur rôle sera-t-il modifié à l’ère de l’information directe ? Autant de questions qui ont été débattues lors du troisième atelier des 33es assises des journalistes francophones. L’atelier, intitulé «la presse écrite face au défi des médias mondiaux», a suscité des débats passionnés entre partisans inconditionnels de la presse écrite telle qu’elle se présente aujourd’hui, et qui jettent un regard inquiet sur l’évolution du métier en fonction de l’apport des nouvelles technologies, et les défenseurs du point de vue opposé qui considèrent qu’Internet ne menace pas la presse, voire favorise son expansion. La séance était présidée par M. Djégou Bailly. Des interventions portant sur Internet et sur la mondialisation ont été présentées par Saër Karam, de la Revue du Liban, Éric Darras, maître de conférence à l’Université Toulouse I et Mohammed Berkani, rédacteur en chef de Afrik.com, un quotidien panafricain en ligne. M. Karam a présenté un point de vue favorable à l’Internet, qui constitue pour lui «un complément et non un ennemi» de la presse écrite. Il a rappelé que la télévision n’a pas tué la presse écrite, ils se sont au contraire adaptés l’un à l’autre. D’ailleurs, a-t-il fait remarquer, l’Internet lui-même se base sur les mots et sur la lecture. Les changements ne doivent pas pour autant influer sur la fiabilité de l’information, celle-ci ne devant pas être sacrifiée à des considérations de vitesse de diffusion, a ajouté M. Karam. Voilà pourquoi le journaliste reste le seul professionnel capable de transmettre et d’analyser l’information. La mondialisation est souvent présentée comme un danger pour la diversité des cultures. Partant de cette constatation, M. Darras a décortiqué les raisons profondes de l’hégémonie américaine actuelle sur le secteur. Il a démontré que non seulement le modèle américain s’exporte dans tout le monde depuis le début du siècle, mais que les valeurs américaines, véhiculées par les médias, gagnent les sociétés locales. Expliquant les fondements du succès américain, M. Darras n’en a pas moins évoqué les contraintes liées à la mondialisation et à l’internationalisation des entreprises : d’une part, les médias internationaux sont interdépendants et se neutralisent. La globalisation, d’autre part, oblige les groupes à s’adapter aux spécificités de chaque marché pour répondre aux exigences des différents publics. Les différences sociologiques sont, elles aussi, très importantes : dans beaucoup de pays, la pratique de la lecture et l’habitude de parcourir des journaux sont moins répandues qu’ailleurs. Enfin, la diversité linguistique constitue un obstacle de taille à la propagation des médias internationaux. Pour sa part, M. Berkani a principalement relaté l’expérience d’un quotidien adressé à tout un continent, en ligne. Afrik.com est gratuit, rédigé à partir de Paris, et comporte plusieurs rubriques. Sa politique éditoriale est ouverte à toutes les opinions, a assuré le rédacteur en chef. Le seul grand obstacle qui entraverait l’expansion d’un quotidien en ligne, selon M. Berkani, c’est le coût élevé des ordinateurs dans les pays cibles. «Heureusement que les cybercafés sont si nombreux dans les pays africains !», a-t-il souligné. La discussion a permis aux esprits inquiets de l’expansion d’Internet, potentiellement au détriment de la presse écrite, d’exposer leur point de vue. Force leur était cependant de constater que la presse reste un refuge pour les lecteurs : après les attentats du 11 septembre, c’est vers elle qu’ils se sont dirigés pour comprendre les bouleversements survenus. Comme l’a fait remarquer un participant, «d’un point de vue historique, le papier a résisté». M. Karam a fait remarquer que l’Internet était toujours en phase de transition, et qu’il ne faut pas seulement évoquer les succès mais aussi les échecs dans ce domaine. À la question de savoir quel était l’avantage, pour un groupe de presse, d’avoir son site Internet, il a précisé que les bénéfices financiers n’étaient pas au rendez-vous, mais que la notoriété et la diffusion s’en trouvaient accrues. M. Berkani a admis lui aussi que les publicités sur Internet n’étaient pas encore très nombreuses. Suzanne BAAKLINI
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