Les dirigeants européens ont réaffirmé hier soir à Gand (nord-ouest de la Belgique) leur cohésion face aux conséquences des attentats aux États-Unis, alors que Français, Allemands et Britanniques montaient en première ligne pour contourner les hésitations de certains de leurs partenaires. Dans la déclaration finale, les Quinze ont «confirmé leur appui le plus ferme pour les opérations militaires qui ont commencé le 7 octobre (en Afghanistan) et qui sont légitimes aux termes de la Charte des Nations unies». Ils «continueront à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour que le nombre de victimes innocentes reste le plus limité», ont-ils toutefois tenu à souligner. En revanche, ils sont revenus en arrière par rapport à un premier projet préparé par la présidence belge de l’UE et qui jugeait «légitime» un renversement du régime taliban au pouvoir à Kaboul à l’issue des opérations militaires conduites par les Américains. Plusieurs pays se sont élevés contre une telle formulation «en raison de ses implications diplomatiques», notamment vis-à-vis du Pakistan. Le dernier projet retenu demande «l’élimination de l’organisation terroriste el-Qaëda qui est à l’origine des attentats du 11 septembre et dont les dirigeants n’ont pas été livrés par le régime des taliban». «Il faut dès à présent, sous l’égide des Nations unies, œuvrer pour favoriser l’émergence d’un gouvernement stable, légitime et représentatif de l’ensemble de la population afghane, respectueux des droits de l’homme et développant de bonnes relations avec les pays voisins», indique encore ce texte de compromis. Avant la rencontre à 15, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont tenu un «présommet» qui a suscité quelques grincements de dents, notamment du côté de l’Italie qui a fait figure d’exclue et de diplomates d’autres pays, toujours inquiets face à la perspective de voir se créer un «directoire des grands» qui dicterait sa loi. Mais Français, Britanniques et Allemands ont tenu à calmer les craintes en faisant savoir que leur rencontre avait avant tout porté sur les «aspects militaires» de la situation en Afghanistan, un domaine qui n’est pas de la compétence de l’UE. Selon les Français, qui ont pris l’initiative de cette rencontre, le sommet tripartite a examiné «les modalités d’une participation supplémentaire aux opérations en Afghanistan», au moment où les premières troupes terrestres américaines sont signalées sur le territoire afghan. Alors que les Britanniques sont déjà fortement engagés dans ces opérations, Allemands et Français semblent donc désormais sur le point d’accroître leur engagement. Tous trois ont fait preuve à Gand de plus de fermeté que beaucoup de leurs partenaires. Le président français Jacques Chirac a ainsi affirmé devant le sommet que le «régime des taliban doit être remplacé», selon des propos rapportés par son entourage. Au Pakistan où il se trouvait, le ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer jugeait au même moment qu’il était «nécessaire de renverser les taliban pour mettre un terme à la catastrophe humanitaire en Afghanistan». Le sommet à Quinze s’est à nouveau largement penché sur les conséquences économiques des attentats du 11 septembre, en présence du président de la Banque centrale européenne (BCE) Wim Duisenberg, auxquels les gouvernements européens demandent une nouvelle baisse des taux pour relancer l’activité. Mais ils ont dû, là encore, atténuer leur projet initial qui réclamait une «action décisive» de la BCE pour noter, en termes beaucoup plus diplomatiques, «qu’une nouvelle amélioration des perspectives d’inflation et le maintien de la modération salariale fourniraient une marge de manœuvre pour la politique monétaire». Une formule qui a d’ailleurs «totalement satisfait» M. Duisenberg.
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