L’assassinat mercredi à Jérusalem du ministre israélien du Tourisme, fait sans précédent, remet sur la sellette le Shin Beth (services de sécurité intérieure), déjà éclaboussé par l’assassinat en 1995 du Premier ministre Yitzhak Rabin. Qu’un mouvement palestinien soit pour la première fois parvenu à assassiner un membre du gouvernement israélien à Jérusalem même et à repartir sans être inquiété ni même aperçu constitue un revers cinglant pour les services de sécurité israéliens. D’autant que les risques courus par des personnalités comme Rehavam Zeevi étaient connus. Le Shin Beth a promis, dans un communiqué, d’«œuvrer jour et nuit» pour capturer les assassins de Rehavam Zeevi. «Le chef du Shin Beth a nommé aujourd’hui (mercredi) une commission d’enquête composée de vétérans de ses services dans le domaine opérationnel et des renseignements» pour faire la lumière sur les circonstances de l’assassinat du ministre, a ajouté le texte. Chef d’une formation d’extrême droite ultranationaliste et homme au discours sans compromis envers les Palestiniens et leur président Yasser Arafat, qu’il avait traité de «vampire», Rehavam Zeevi, un ancien général, apparaissait depuis longtemps comme une cible potentielle pour des organisations palestiniennes radicales. Le fait, confirmé par le chef de la police de Jérusalem, Micky Lévy, que le ministre se déplaçait sans la protection rapprochée des agents du Shin Beth, alors que des affrontements sanglants opposent depuis plus d’un an Israéliens et Palestiniens, a été dénoncé comme un «nouveau scandale» par la télévision israélienne. M. Lévy a, en outre, révélé que la victime ne portait même pas mercredi son arme personnelle. Un touriste américain, se trouvant dans la chambre contiguë à celle de Rehavam Zeevi, David Hocking, a affirmé ne pas avoir entendu de coup de feu, ce qui confirme que l’assassinat a été commis avec des armes dotées de silencieux. L’embuscade a, de toute évidence, été soigneusement préparée, car les agresseurs étaient visiblement bien renseignés sur les allées et venues du ministre. L’emplacement de l’hôtel, à Jérusalem-Est, la partie arabe de la ville, occupée par Israël depuis 1967, n’a pu qu’aider les tueurs dans leur fuite. Les agents de sécurité de l’hôtel ont affirmé n’avoir rien vu ni entendu, ce qui a accru l’impression de laisser-aller total du Shin Beth. Ce service, qui dépend directement du Premier ministre, est responsable de la protection rapprochée des personnalités officielles, sur le modèle du Secret Service aux États-Unis. Des mesures concernant le renforcement de la protection des ministres et des personnalités de premier plan ont été arrêtées lors d’une réunion de la présidence du Conseil, selon la radio. «Il est encore trop tôt pour jeter la pierre aux agents du Shin Beth, qui font un travail remarquable dans des conditions difficiles», a déclaré à la télévision Eytan Haber, l’ancien chef de cabinet d’Yitzhak Rabin, qui se trouvait à ses côtés le soir de son assassinat, en 1995 à Tel-Aviv, par un extrémiste juif opposé au processus de paix avec les Palestiniens. Profondément ébranlé par cet assassinat sans précédent, le Shin Beth avait patiemment remonté la pente depuis et redoré son blason, après la démission de son chef d’alors, Karmi Guilon, et l’arrivée à sa tête d’Avi Dichter, un ancien de la prestigieuse unité des commandos de l’état-major. Mais les trois balles tirées mercredi à bout portant contre M. Zeevi ont réduit à néant tous ces efforts.
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