Premier poste de rentrée de devises au pays des pyramides et des pharaons, le tourisme est profondément touché en Égypte depuis les attentats du 11 septembre, avec des annulations en cascade et des perspectives plutôt sombres. «Depuis le 11 septembre, aucune demande d’organisation de voyages n’est parvenue à l’agence», expliquait en début de semaine Ahmed Abou al-Wafa, propriétaire de l’agence de tourisme Paradisio, au Caire. «C’est le calme plat», ajoute-t-il. «Les derniers groupes de touristes quitteront l’Égypte vers la fin octobre, et ce sont des gens qui avaient payé d’avance leur voyage et ne pouvaient plus annuler». «Nous avons connu par le passé plusieurs chutes, notamment après la guerre du Golfe (1991) et l’attentat de Louxor (1997, 58 touristes assassinés par des islamistes à Louxor), mais cette fois-ci, les choses sont différentes», explique-t-il. «Même si les frappes américaines contre l’Afghanistan cessent, la haine de l’Occident envers l’Orient et l’islam va rester», estime M. Wafa. «Personne ne peut dire quand l’activité touristique reprendra normalement, et notre unique objectif maintenant est de dynamiser le tourisme local», ajoute cet agent de voyages. Le ministère égyptien du Tourisme a annoncé la semaine dernière une baisse de 18,2 % du nombre des touristes étrangers en septembre 2001, par rapport au même mois de l’an dernier. Le taux d’occupation des hôtels est passé de 72 % en septembre 2000 à 59 % en septembre 2001, selon la même source, et le ministère a ajouté que «des taux de baisse plus élevés» sont à attendre pour les trois prochains mois. Le secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme, Francesco Frangialli, a affirmé vendredi à Kuala Lumpur que «les réservations sont en recul dans le monde de 20 à 30 %», mais que «sur des destinations comme la Turquie, la Jordanie, l’Égypte et l’Afrique du Nord, elles sont en baisse de 60 à 70 %». Plusieurs grands hôtels du Caire, dont Le Méridien aux Pyramides, ont affirmé avoir enregistré des taux d’annulation de 40 à 50 %, principalement d’Allemagne, d’Espagne et d’Italie. Le représentant en Égypte de la compagnie aérienne roumaine Tarom, Abdel Ghani Mohamed, signale «un taux d’annulation de 50 %, principalement des États-Unis et d’Europe», et la plupart des grandes compagnies aériennes ont annoncé des baisses de trafic sur l’Égypte allant de 30 à 50 % depuis le 11 septembre, selon des agents touristiques. Face aux événements, l’Opéra du Caire a annulé sa représentation de l’Aïda de Verdi, aux Pyramides, qui attire chaque année des milliers d’étrangers. À Louxor, l’un des principaux sites pharaoniques, dans le Sud, «le nombre des touristes a chuté de 25 à 30 %», a déclaré le responsable des Antiquités, Sabri Abdel Aziz. Et à Assouan, autre site d’ordinaire très fréquenté, «les temples ne sont pas désertés, mais il est clair, depuis début octobre, que le nombre de touristes a diminué», déclare le responsable local des Antiquités, Ali al-Asfar, sans pouvoir chiffrer la baisse. Le tourisme en Égypte, qui ne cesse d’élargir ses activités avec le développement des stations balnéaires de la mer Rouge, s’était graduellement redressé ces dernières années, après l’effondrement de fin 1997 consécutif à l’attentat islamiste de Louxor. Les recettes du secteur ont ainsi atteint l’an dernier le chiffre record de 4,3 milliards de dollars.
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