L’actualité inspire de la souffrance... Anxiété, abattement, inquiétude face à un événement qui n’inspire qu’incertitude et crainte. Phénomène quasi général, le taux d’augmentation de la dépression, tous pays confondus, atteint 50 % par rapport à un passé relativement proche. Ce chiffre vertigineux comporte, comme c’est souvent le cas, divers maux réunis, par abus de langage, sous le label de la dépression, devenue ainsi une maladie du mal-être reflétant une crise de société en mal de repères. Le Liban fait partie de cette société «qui rend malade» dénoncée par le sociologue Alain Ehrenerg dans son ouvrage «Dépression et société», Éd. Odile Jacob. On a l’habitude de parler de dépression alors qu’il s’agit de fatigue ou d’abattement, de surcharge nerveuse ou d’humeur morose. Le terme a fini par désigner ainsi un état «fourre malaises» où se casent une multitude de troubles. Selon les spécialistes, il s’agit d’abus de langage. Seules 20 % de ces personnes pourraient souffrir, effectivement, d’une dépression... Comment expliquer, alors, cette vague de mal-être éprouvée par autant d’individus à la fois ? Pour les psychologues, par le fait que les exigences de la vie actuelle imposent à l’individu la construction de ses propres repères. Il est responsable de sa propre vie, confronté à la discipline d’antan, il doit faire preuve d’initiative : motivation, créativité en ce qui concerne ses projets, capacité de choix, jugement, construction donc de ses propres indices, devant lui servir dans son parcours. Aujourd’hui où le «permis» et le «défendu» se confondent, où les barrières d’avant ont été abolies, la discipline d’alors a été remplacée par une exigence d’initiative. L’individu doit être en mesure de faire par lui-même ses choix et d’établir ses propres repères, devenant responsable de sa propre vie. Inquiétudes et déchirures Devenir responsable de sa vie n’est pas une tâche aisée ni sans péril. Inquiétude, déchirements, renoncements, doute... Tiraillé, l’individu devient l’impuissant souverain de sa personne... S’il se découvre désarmé et dépouillé de toute-puissance envers lui-même, c’est la dépression : la peur de ne pas être à la hauteur des circonstances, le sentiment de sa propre insuffisance, entraînant des symptômes qui trahissent cet état... Il arrive toutefois, de plus en plus souvent, de coller l’étiquette «dépression» sur tout tiraillement intime, tout malaise psychique allant de la tristesse au manque d’entrain, au point de faire de cette maladie un «mal à tout faire» allant jusqu’à la confusion entre déplaisant et déprimant... Or la dépression signe une mélancolie gravissime, pouvant parfois mener jusqu’au suicide, tandis que la déprime est un état passager pouvant être jugulé. Or, de l’aveu des psychiatres, il arrive que le diagnostic de dépression soit porté soit trop souvent soit plus rarement qu’il ne le faut. Trop souvent à cause de la grande diversité des symptômes, parfois bien hétéroclites, qui dénoncent cette maladie. Trop rarement parce que la dépression progresse «masquée» sans adopter la symptomatologie classique. Haro sur les antidépresseurs ? Les antidépresseurs prescrits depuis quelque temps, ou pris même sur le conseil d’un ami ou d’une lecture, sans discernement ou véritable besoin, avalés comme un cachet d’aspirine, agissent sur des symptômes très divers dont certains n’étant pas ceux d’une dépression... On assiste ainsi à une véritable dérive qui mène à confondre tout état psychologique aigu avec une dépression. Le phénomène fait, par ailleurs, partie de la médicalisation de la vie que le monde actuel expérimente de plus en plus. Mais droguer les gens ne veut pas dire les soigner. Calmer les symptômes ne soigne pas toujours un mal qui, en progressant en silence, peut s’avérer néfaste. La dépression en fait partie...
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