Un petit tour chez A…, le célèbre «discount» libanais pour comprendre où va finir la surproduction (en vêtements on dit «surplus») de la fripe mondiale. Et vous révéler brutalement la valeur définitive de la chemise que vous auriez achetée 100$ alors qu’on vous la vend à 10. À ce prix vous ne l’aurez pas dans son emballage, mais qui s’en tape ! Vous la décrocherez directement du portant, vous aurez du mal à trouver la bonne taille, cela ressemblera à une chasse au trésor, et ce sera comme si l’objet incarnait à lui seul tous vos fantasmes vestimentaires, et l’arracher de son cintre vous remplira de joie. Peut-être parce qu’au bout de cet exercice vous aurez simplement assisté au glissement malicieux des attributs d’une caste dans les modestes rayonnages d’une autre. Vous êtes un riche qui achète chez les pauvres. Un pauvre qui s’offre des atours de riche. Peu importe. On ne vantera jamais assez les vertus sociologiques des «discounts». Mais si, à propos de surplus, ceux des armées, et notamment de l’armée US, ont dû pour s’écouler susciter une mode et peupler les rues de «soldates» en treillis, on se demande déjà où trouver le fameux béret afghan qui donne à son Ben Laden ce petit air folklo qui atténue l’effet terrible de sa grande barbe. Ou alors la burqah. Car elles ne manquent pas d’élégance, ces burqah bleues épanouies sur les côtés en plis-soleil et ornées de motifs au crochet au niveau du masque. Passés la première impression – entre camisole et muselière –, les stylistes doivent bien envier le créateur de cette robe unique imposée aux femmes d’une population qui compte prés de 17 millions d’individus. Pour un marché…Oui, mais là, pas touche ! Chez ces gens-là, on ne badine pas avec l’uniforme. Ce ne sont pas ces femmes-là qui danseraient avec leur drapeau sur la petite culotte, comme l’ont fait avec l’Union Jack les filles de Gerry à Oman ; pas même pour remonter le moral des troupes. Il s’est bien trouvé des petits malins qui pensaient se la jouer carnaval de Venise. Michel Peyrard, Yvonne Ridley… ils croyaient qu’on pouvait leur faire ça, aux taliban. Se cacher sous la burqah ! Si c’était aussi simple, les femmes se seraient bien éclatées en Afghanistan. Mais depuis le temps, l’œil taliban s’est exercé au jeu de qui-va-sous-le-voile. Dans un reportage de l’Express (4-10 octobre) Marc Epstein écrit lui-même : «Les visiteurs étrangers en Afghanistan le savent bien : parmi les taliban, les vrais fanatiques sont très rares (…) À la fac, les étudiants ont développé une méthode pour draguer les filles, pourtant couvertes de la tête aux pieds». Vous pensez bien qu’ils ne se seraient pas fait duper par des journalistes indélicats. Quand aux attributs masculins, ils sont loin d’être à la portée des profanes. Ceux qui portent le turban ou le béret sont convaincus d’avoir sur la tête un passeport pour le paradis, la barbe – ils le disent eux-mêmes étant le visa, et l’un n’allant pas sans l’autre. Alors, qui n’a pas envie de mourir autant que les Américains ont envie de vivre, qu’il s’abstienne. Plaisir de parler fringues en temps de guerre. Légèreté des tissus, des drapés, des imprimés et même des uniformes. Tout, pourvu que ne vienne pas le temps des combinaisons et des masques à gaz.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Un petit tour chez A…, le célèbre «discount» libanais pour comprendre où va finir la surproduction (en vêtements on dit «surplus») de la fripe mondiale. Et vous révéler brutalement la valeur définitive de la chemise que vous auriez achetée 100$ alors qu’on vous la vend à 10. À ce prix vous ne l’aurez pas dans son emballage, mais qui s’en tape ! Vous la décrocherez directement du portant, vous aurez du mal à trouver la bonne taille, cela ressemblera à une chasse au trésor, et ce sera comme si l’objet incarnait à lui seul tous vos fantasmes vestimentaires, et l’arracher de son cintre vous remplira de joie. Peut-être parce qu’au bout de cet exercice vous aurez simplement assisté au glissement malicieux des attributs d’une caste dans les modestes rayonnages d’une autre. Vous êtes un riche qui achète...