Après avoir déclenché les premiers bombardements contre les taliban et l’organisation el-Qaëda en Afghanistan, Washington a préparé hier le monde à une guerre contre le terrorisme qui sera longue, risquée et sur de multiples fronts. «Il s’agit d’une guerre qui va être longue. Cela demande la compréhension et la patience du peuple américain», a averti le président George W. Bush à la Maison-Blanche. Dimanche, «nous avons ouvert un autre front dans la guerre contre le terrorisme en commençant des opérations militaires conventionnelles désignées à détruire les camps d’entraînement terroristes et les installations militaires du gouvernement des taliban». Intervenant sur plusieurs télévisions américaines, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld s’est lui aussi attaché à préparer l’opinion publique à tous les scénarios. «Ce problème ne va pas être résolu à coups de missiles de croisière», a-t-il affirmé sur la chaîne CNN. «De manière réaliste, nous devons nous attendre au fait que cela pourra prendre des années, peut-être même plusieurs années», a-t-il indiqué. Pour le Washington Post, «ce que nous avons vu, ce sont les éclats d’une offensive qui prendra vraisemblablement plusieurs autres formes et pourrait être plus longue, plus difficile et plus coûteuse que n’importe quel conflit de la décennie écoulée». En déclenchant les premières frappes, le président George W. Bush avait lui-même annoncé la couleur: la bataille contre le terrorisme commence par l’Afghanistan, mais elle ne s’arrêtera pas là. «Notre action militaire est destinée à ouvrir la voie à des opérations militaires soutenues, globales et implacables pour les faire sortir et les traduire devant la justice», avait-il dit dimanche dans son adresse télévisée au peuple américain. Les fronts de la guerre sont multiples, financier, judiciaire, diplomatique et militaire. Selon le président Bush, les États-Unis ont tiré «la première salve» après les attentats du 11 septembre en gelant les avoirs financiers d’organisations terroristes reconnues dans le monde, 27 organisations au total. Par ailleurs, des dizaines de terroristes présumés ou ayant des liens avec des organisations terroristes ont été arrêtés à travers le monde, dans 38 pays selon lui. Enfin, sur le plan diplomatique, Washington a patiemment tissé sa toile pour forger «une coalition internationale large et forte de pays» associés à la lutte contre le terrorisme. Cela a amené Washington à clamer haut et fort qu’il s’agissait de pourchasser les terroristes et non de mener une guerre contre l’islam et le monde arabe. Pour le sénateur démocrate Evan Bayh, cette stratégie respecte «un délicat équilibre». «Beaucoup de ces pays doivent gérer des situations intérieures instables. Si nous allons plus loin, par exemple en parlant de remplacer les taliban, cela préoccupe le Pakistan. Si nous faisons un pas de plus en nous tournant, par exemple, vers l’Irak, cela conduit à d’autres problèmes. Alors, commençons par l’objectif qui recueille un soutien universel puis construisons peu à peu l’élan qui nous mènera à la victoire». Quant au front militaire, les États-Unis ont visiblement engagé une double stratégie : frapper les taliban et el-Qaëda, tout en venant en aide au peuple afghan grâce à des largages de vivres humanitaires. Pour Stephen Sloane, expert sur le terrorisme à l’Université d’Oklahoma, «à court terme, je présume qu’ils vont s’efforcer de déstabiliser les taliban afin de créer un environnement dans lequel ils pourront directement et indirectement tenter de débusquer Ben Laden et détruire l’infrastructure terroriste et idéalement le capturer ou le tuer».
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