Israël s’est employé à réparer les dégâts d’une déclaration du Premier ministre Ariel Sharon, accusant les États-Unis de courtiser les pays arabes aux dépens de l’État juif pour s’assurer leur soutien à une coalition antiterroriste. Le président George W. Bush a vivement réagi à ces accusations, jugeant «inacceptables» la mise en garde jeudi de M. Sharon contre toute tentation de rééditer l’accord de Munich de 1938, sur le dos, cette fois, d’Israël. M. Sharon a lui-même tenté d’atténuer ses propos en faisant l’éloge de la «profonde amitié liant Israël aux États-Unis» et en affirmant soutenir la campagne antiterroriste, dans un communiqué vendredi soir après un coup de téléphone du secrétaire d’État américain Colin Powell. Sans doute inquiet de voir Israël faire les frais de cette coalition lancée après les attentats du 11 septembre aux États-Unis, le Premier ministre israélien avait lancé une diatribe sans précédent contre son allié de toujours. Il a appelé «les démocraties occidentales, en premier lieu les chefs du monde libre, les États-Unis, à ne pas commettre à nouveau l’erreur terrible commise en 1938 lorsque les démocraties européennes ont sacrifié la Tchécoslovaquie pour une solution provisoire». «Nous ne l’accepterons pas. Israël ne sera pas la Tchécoslovaquie», avait-il martelé dans le contexte dramatique d’une conférence de presse sur la tragédie aérienne de l’avion russe qui a explosé avant de s’abîmer en mer Noire. La Russie et Israël n’ont pas écarté l’hypothèse d’un attentat terroriste contre l’avion dont la majorité des passagers étaient des juifs russes fraîchement immigrés en Israël. Sa déclaration est intervenue en pleine tournée arabe du secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld, venu s’assurer du soutien de l’Arabie séoudite, d’Oman et d’Égypte à la coalition antiterroriste de Washington. Par ces commentaires, M. Sharon avait osé une comparaison entre le président Bush et Neville Chamberlain, le Premier ministre britannique entré dans l’histoire comme celui qui a capitulé face à Hitler à la conférence de Munich en ayant l’illusion d’avoir préservé la paix. «Non, personne n’a dit cela», a affirmé dès vendredi après-midi Dore Gold, conseiller de M. Sharon, dans une volonté de calmer le jeu. Pour lui, M. Sharon a voulu simplement souligner les dangers pesant actuellement sur la sécurité d’Israël «en raison de l’escalade de la violence à laquelle il fait face», de la part, notamment, de groupes palestiniens islamistes radicaux comme le Hamas et le Jihad islamique. Israël exige que ces mouvements soient inclus dans la liste des organisations terroristes désignées par les États-Unis comme cibles de leur riposte aux attentats de New York et Washington. Le chef de la diplomatie israélienne Shimon Peres est également monté au créneau. «Les États-Unis livrent une guerre contre le terrorisme qui est également notre guerre. Le président Bush a montré de l’amitié envers Israël. Nous devons dépasser les paroles qui ont été dites et revenir aux choses fondamentales» qui unissent les deux pays, a-t-il dit. M. Sharon, lui-même, profitant vendredi soir de l’entretien avec M. Powell qui lui avait fait part du mécontentement de M. Bush, a réaffirmé «la profonde amitié et des relations particulières unissant les États-Unis à Israël, et en particulier au président Bush». La sortie fracassante de M. Sharon contre les États-Unis, si elle a ravi le camp nationaliste du Likoud, son propre parti, a été accueillie avec stupeur par la presse israélienne qui l’a accusé d’avoir «sauté les plombs». L’opposition de gauche, pour sa part, a estimé que «la comparaison avec la Tchécoslovaquie reflète l’état de panique du Premier ministre».
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