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Actualités - Opinions

IMPRESSION - Manuels et piété

Depuis quelques années, des groupes fondamentalistes distribuent pour un montant facultatif des publications à l’usage des enfants. Il m’est arrivé d’apporter mon obole à la «Moukawama» contre un illustré d’une présentation tout à fait séduisante. Et sous prétexte d’enseigner à Marie les chiffres en arabe, je l’avais soumise à l’exercice des points à relier, page quatre. Le dessin mystérieux était un magnifique char d’assaut confisqué à l’ennemi israélien qui avait ravagé le jardin du gentil fermier de la page précédente. Le triomphe de l’enfant venant à bout du décompte de wahad jusqu’à ichrine avait en plus un je ne sais quoi de guerrier, comme si, le temps d’un dessin, elle avait repoussé toutes les armées de César. Depuis, le Sud est plus ou moins libre, n’est plus tout à fait une cause, et de l’eau a coulé sous les ponts avant que je tombe sur… le nouveau programme. Avec les Aventures de Nour, on ne lésine plus sur la qualité du papier, et si le dessin ne s’est pas affiné, la sélection des couleurs équivaut en qualité à celle de FMR. La couverture est plastifiée, il est proposé à 3 000 LL – ou plus si affinités – et gageons que s’il est épargné par le tri bisannuel des rayonnages domestiques, l’ouvrage survivra à tous les manuels scolaires, au moins jusqu’au bac. Le contenu n’a plus rien de nationaliste et, curieusement, il s’adresse en priorité à un lectorat féminin dans la tranche 8-12 ans. Les premières pages sont consacrées à des récits d’aventures où l’on peut rêver à la destinée extraordinaire d’enfants comme vous qui ont donné leur vie pour l’islam, à coup d’opérations-suicide, photos passeport à l’appui. Ailleurs, on trouvera une page du Coran accompagnée d’une explication littérale signée par un imam, où il est question de la vengeance des défavorisés. Dans la page gag, un gamin raconte ses vacances en Afrique à ses copains et leur montre avec force gesticulations la manière dont il a chassé un crocodile à coup de pierres, et la pierre va malencontreusement percuter de plein fouet le front du proviseur qui entraîne le tartarin par l’oreille sous les quolibets. Enfin, la petite Nour encourage ses ami(e)s à la lecture, leur offrant le choix entre le Coran et l’histoire des prophètes, tout le reste – à part son magazine – n’étant qu’inepties. Mais il y a même de l’humour dans Nour, et j’ai bien voulu rire à cette histoire où une maman explique à son enfant que la vache blanche qu’il voit par la fenêtre lui donne son lait du matin. De quoi l’enfant déduisit que la vache noire donnait le café des parents. Malgré ce clin d’œil innocent, on est en droit de se demander combien résisteront au matraquage hebdomadaire de cette publication. Car il s’agit bien d’un endoctrinement déguisé en divertissement, dont l’objectif n’est autre que de pousser des êtres fragiles à l’exclusion, présentant le crime comme un acte de dévotion suprême et sclérosant leur intelligence naissante dans le rejet – voire l’appel à l’assassinat – de tout ce qui appartient à une autre obédience, fut-ce au prix de leur propre vie. Amis mahométans, vos écoles sont-elles en passe de devenir des écoles de mort ? Vos enfants n’auront-ils un jour d’autre vocation que l’anéantissement et d’ambition que le Paradis ? N’y a-t-il plus de place dans leur éducation pour la vie, le respect des créatures, la tolérance qui passe elle-même par la connaissance des cultures différentes ? Ce phénomène est encore discret, il est vrai. Mais aux hommes de bonne volonté de tirer la sonnette d’alarme. L’exclusion appelant l’exclusion, dans un pays dont la gestion est partagée par dix-sept communautés religieuses, Nour ne pourra au mieux que former des marginaux et au pire qu’encombrer le Paradis de tout ce beau monde qui n’aura pas assez d’une mort pour solder ses comptes. La révolution n’étant qu’une vision circulaire de l’Histoire, on n’est pas sortis de l’auberge.
Depuis quelques années, des groupes fondamentalistes distribuent pour un montant facultatif des publications à l’usage des enfants. Il m’est arrivé d’apporter mon obole à la «Moukawama» contre un illustré d’une présentation tout à fait séduisante. Et sous prétexte d’enseigner à Marie les chiffres en arabe, je l’avais soumise à l’exercice des points à relier, page quatre. Le dessin mystérieux était un magnifique char d’assaut confisqué à l’ennemi israélien qui avait ravagé le jardin du gentil fermier de la page précédente. Le triomphe de l’enfant venant à bout du décompte de wahad jusqu’à ichrine avait en plus un je ne sais quoi de guerrier, comme si, le temps d’un dessin, elle avait repoussé toutes les armées de César. Depuis, le Sud est plus ou moins libre, n’est plus tout à fait...