Pour préparer et exécuter leur mission, les dix-neuf pirates de l’air semblent avoir suivi les préceptes d’un vade-mecum du parfait terroriste, saisi en Grande-Bretagne au domicile d’un membre présumé du réseau Ben Laden. Ce document de 180 pages en arabe, intitulé : «Études militaires pour le jihad contre les tyrans», a été traduit par le FBI et présenté en avril lors du procès à New York de quatre membres du réseau jugés coupables de participation aux attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998. Il avait été découvert à Manchester au domicile d’un certain Anas al-Liby, inculpé par la justice américaine et toujours en fuite. Il aurait été écrit au moins en partie par Ali Mohamed, un Américain d’origine égyptienne, ancien soldat des forces spéciales américaines et expert militaire d’Oussama Ben Laden, qui collabore avec le FBI et a reconnu avoir traduit en arabe des manuels occidentaux. La couverture est ornée de motifs floraux, la page de garde porte la mention : «Interdiction d’emporter hors de la maison» et «Au nom d’Allah le Clément, le Miséricordieux». Dans l’introduction, l’auteur anonyme écrit qu’à partir de 1924, «le colonialisme et ses valets, les régimes apostats ont commencé à établir des centres de croisade, des sociétés, des organisations comme les loges maçonniques, les Lions et Rotary Clubs et les écoles étrangères» contre lesquels il faut lutter. Puis défilent en dix-huit chapitres, avec une terrifiante précision, des consignes pour les soldats clandestins du jihad, illustrées de nombreux dessins et croquis légendés. Ce manuel de la terreur, de la vie et l’action clandestines s’ouvre par une déclaration de principes : «La principale mission de l’organisation militaire est de renverser les régimes sans Dieu et les remplacer par un régime islamique. Mais aussi : collecter des informations sur l’ennemi (...), kidnapper des soldats ennemis, s’emparer de documents, de secrets et d’armes, assassiner des soldats ennemis et des touristes étrangers, libérer des frères emprisonnés (...), faire sauter les lieux d’amusement et d’immoralité (pas prioritaire), faire sauter et détruire les ambassades et les centres économiques, détruire les ponts menant aux grandes villes». Le membre du réseau doit être «musulman (...). L’armée israélienne exige que ses soldats soient de religion juive. Le membre doit être prêt au martyre pour atteindre son but et établir le règne d’Allah sur la terre». Les apprentis terroristes peuvent ensuite apprendre au fil des pages comment contrefaire des papiers d’identité, louer des appartements pour les transformer en bases d’action («Il vaut mieux louer dans des quartiers neufs où les gens ne se connaissent pas»), comment utiliser les moyens de communication, l’entraînement, l’achat, le stockage et le maniement d’armes. Des croquis et schémas montrent comment fabriquer un détonateur, piéger une télévision ou une voiture, utiliser des grilles codées pour crypter des messages, fabriquer explosifs et poisons. La leçon «Comment tuer avec des explosifs» s’ouvre par ces mots : «Un assassinat à l’explosif ne laisse pas de traces. De plus, il frappe l’ennemi de pure terreur et de frayeur».
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