En admettant le principe des «frappes chirurgicales», l’opposition afghane au régime taliban réunie à Rome a nuancé mardi son rejet d’une intervention américaine en Afghanistan, en décalage avec les attentes exprimées sur le terrain par les commandants militaires. Ce refus avait été réitéré lundi par l’entourage de l’ancien roi Mohammed Zaher Shah et par les membres de l’opposition au régime des taliban lors de l’annonce de la création d’un Conseil suprême d’unité nationale. «Personne n’acceptera une attaque sur notre territoire», avait affirmé Younous Qanouni, représentant de l’Alliance du Nord. Mais mardi, Mirwais Zaher, fils de l’ex-roi afghan, est revenu sur cette position, en reconnaissant que «les Américains peuvent frapper les camps d’entraînement des terroristes fanatiques» en Afghanistan. «Je ne peux que vous faire un “no comment” sur les frappes américaines. Nous ne pouvons pas les bloquer s’ils souhaitent le faire», a-t-il expliqué. Mais «il faut avoir très peur de faire du mal à des gens innocents et inoffensifs», a-t-il mis en garde. «On peut faire ça (éliminer les terroristes) d’une autre manière», a-t-il estimé. «Nous avons des commandants militaires sur le terrain qui ont beaucoup d’expérience. Nous connaissons le terrain mieux que les Américains. Si les Américains nous aident, nous pouvons capturer les terroristes sans faire de mal à la population», a-t-il assuré. Samedi dernier, le petit-fils du roi, Mostapha Zaher, affirmait déja que «tout doit être fait pour éviter une intervention extérieure». Cette insistance de l’entourage de l’ancien souverain et des représentants de l’opposition à rejeter toute intervention militaire extérieure en Afghanistan risquait d’être mal comprise par leurs partisans. Tant que les États-Unis n’interviennent pas, «les souffrances de notre peuple vont continuer», a en effet affirmé lundi le ministre des Affaires étrangères du gouvernement afghan en exil, le Dr Abdullah Abdullah. Cette prise de position traduit un décalage entre les «politiciens» vivant hors du pays et les commandants militaires combattant en Afghanistan, qui, après des années de lutte armée, de défaites et de morts, sont beaucoup plus impatients de voir les Américains entrer en action à leur côté. L’ex-roi et son entourage, en exil à Rome depuis 1973, veulent revenir le plus rapidement possible en Afghanistan, tout en sachant qu’arriver «dans les bagages des Américains» donnerait d’eux une mauvaise image dans un pays aussi farouchement indépendant. Les taliban l’ont bien compris, menaçant mardi d’une guerre sanglante tout gouvernement afghan soutenu par l’étranger et rejetant la proposition d’une administration de transition sous l’égide de Mohammad Zaher Shah. «Un gouvernement imposé de l’extérieur ne sera pas acceptable par le peuple afghan et nous combattrons de tels éléments», a affirmé mardi le vice-ministre taliban des Affaires étrangères, Abdul Rehman Zahida. L’entourage de l’ancien roi et les représentants de l’opposition n’ont pour l’instant pas réagi à cette déclaration de guerre. L’ex-roi veut néanmoins continuer à jouer la carte de l’unité nationale, avec la création d’un Conseil suprême d’unité nationale chargé de convoquer une Loya Jirgah, assemblée des aînés et des notables, ouverte à «tous les Afghans, y compris aux taliban». Cette assemblée devrait nommer un chef d’État et un gouvernement de transition.
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