La menace des attentats chimiques ou bactériologiques est difficile à cerner et à contrer, mais surévaluer le danger risque aussi de faire sombrer dans la psychose, selon les spécialistes. «Il ne faut pas sombrer dans la psychose et surévaluer le risque chimique ou biologique», avertit le Pr Chantal Bismuth, spécialiste de réanimation et expert de la guerre Irak-Iran. «Explosions et armes à feu sont beaucoup plus efficaces», ajoute-t-elle. L’attentat chimique ou biologique est «possible mais très compliqué à réaliser», renchérit Olivier Lepick, chercheur associé à la fondation pour la recherche stratégique. «Il ne suffit pas de posséder un agent biologique ou d’être capable de fabriquer quelques litres d’un agent chimique pour obtenir un résultat meurtrier. Il faut maîtriser sur le long terme un certain nombre de technologies, pouvoir acquérir les agents pathogènes, le charbon, la variole, savoir les cultiver, les stocker et les disséminer», explique-t-il. Maladie du charbon (ou anthrax), peste, variole, tularémie ou toxine botulinique font partie du catalogue de la terreur. Côté chimique : produits neurotoxiques qui traversent la peau, phosgène, cyanure... L’OMS a appelé lundi tous les gouvernements à se préparer à l’éventualité d’attaques chimiques ou biologiques. «Dix grammes d’anthrax (ou charbon) sont aussi meurtriers qu’une tonne d’un agent chimique neurotoxique», comme le sarin, a souligné cet été devant le Sénat américain le Dr Donald Henderson, spécialiste de biodéfense à l’Université John Hopkins. En 1995 à Tokyo, la secte Aum Shinrikyo a utilisé du gaz sarin dans le métro, tuant douze personnes. Nul ne sait si le mode de contamination qui pourrait être employé empruntera la voie aérienne ou alimentaire, ou arrêter la liste des agents potentiels. On ne fabrique pas une arme chimique ou bactériologique dans son évier ou sa baignoire, souligne Jean-Pascal Zanders du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI). La secte Aum a tenté de disperser dans les rues de Tokyo des armes biologiques (charbon, toxine botulinique) «sans provoquer la moindre épidémie, pourtant la toxine botulinique est la substance la plus toxique sur terre», relève Olivier Lepick. «La plupart de ces agents sont fragiles. Si vous voulez disséminer par exemple des bacilles du charbon dans la rue, s’il pleut, s’il fait trop chaud, une très grande partie de ces agents meurent car ils sont très sensibles aux conditions extérieures», explique-t-il. Pour le Pr David Heymann, directeur de la division des maladies infectieuses de l’OMS, en matière de lutte contre les épidémies et les maladies infectieuses, «les systèmes de détection et la riposte sont les mêmes». «Nous disposons, pour notre part, d’un système mondial de surveillance et de détection des maladies infectieuses, quotidiennement utilisé, et qui, en pratique, peut détecter les conséquences de possibles actes de bioterrorisme», a-t-il commenté hier dans Le Monde. La mortalité par ypérite, un gaz de combat suffocant, dans les années 1980-88 (conflit Iran-Irak) était de 4,8 % parmi les malades hospitalisés contre 20 % par les armes à feu, indique le Pr Bismuth. Mais les lésions sont très impressionnantes, dit-elle en évoquant «l’image de corps torturés». «Le plus grand drame chimique que le monde ait connu est la catastrophe de Bhopal en Inde» en 1984, rappelle le Pr Bismuth. L’explosion accidentelle de l’usine de pesticides avait fait des milliers de morts. «À ce titre, les industries chimiques sont extrêmement dangereuses en cas d’attentats ou d’accidents», constate la spécialiste.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La menace des attentats chimiques ou bactériologiques est difficile à cerner et à contrer, mais surévaluer le danger risque aussi de faire sombrer dans la psychose, selon les spécialistes. «Il ne faut pas sombrer dans la psychose et surévaluer le risque chimique ou biologique», avertit le Pr Chantal Bismuth, spécialiste de réanimation et expert de la guerre Irak-Iran. «Explosions et armes à feu sont beaucoup plus efficaces», ajoute-t-elle. L’attentat chimique ou biologique est «possible mais très compliqué à réaliser», renchérit Olivier Lepick, chercheur associé à la fondation pour la recherche stratégique. «Il ne suffit pas de posséder un agent biologique ou d’être capable de fabriquer quelques litres d’un agent chimique pour obtenir un résultat meurtrier. Il faut maîtriser sur le long terme un certain...