La décision de coopérer avec les Américains en cas de représailles contre les taliban, avec ou sans le feu vert de Moscou, sera lourde de conséquences pour les ex-républiques soviétiques d’Asie centrale, en particulier celles qui sont limitrophes de l’Afghanistan «Les régimes d’Asie centrale sont instables, extrêmement corrompus. Leur population qui vit dans la pauvreté est sensible à la propagande islamiste. Ils ont une peur affreuse des taliban et craignent une insurrection dans leur pays en cas d’offensive de ceux-ci», estime l’expert militaire russe Pavel Felgenhauer. Le Tadjikistan, qui partage une frontière de plus de 1 200 kilomètres avec l’Afghanistan, serait le plus exposé en cas de bombardements américains suivis d’une riposte des taliban. Tout en se disant prêt à coopérer avec les États-Unis, Douchanbe n’a proposé aucune aide concrète, et ne saurait le faire, sans feu vert de Moscou qui maintient en permanence des forces sur ce territoire, selon les experts. Publiquement, Moscou a exprimé des réserves sur une utilisation des bases russes pour des représailles contre l’Afghanistan où se trouverait Oussama Ben Laden, principal suspect des attentats du 11 septembre. Pays le plus pauvre de la CEI (Communauté des États indépendants, 12 ex-républiques soviétiques), le Tadjikistan redoute avant tout un afflux de réfugiés. Douchanbe a déjà affirmé qu’il ne les laisserait pas entrer par crainte que des combattants ne se mêlent aux civils. Le Tadjikistan a été le théâtre de 1992 à 1997 d’une guerre civile entre le pouvoir néocommuniste et les islamistes qui a fait plus de 100 000 morts. Bien que réprimé, l’islamisme radical y est très actif avec le parti clandestin Hizbi Tahrir (Parti de la libération), dont des membres sont régulièrement condamnés à de lourdes peines. Douchanbe soupçonne le Hizbi Tahrir d’être lié au Mouvement islamique d’Ouzbékistan (IMU) de Djoumaboï Namangani, qui a lancé des incursions en Ouzbékistan puis au Kirghizistan en 1999 avant d’être contraint avec ses quelque 700 combattants de se réfugier en Afghanistan auprès des taliban. En cas de vengeance des taliban, le Tadjikistan serait une cible privilégiée car ce pays est considéré par la milice islamiste comme la base arrière de l’opposition afghane. L’Ouzbékistan, qui aspire à un rôle régional, a fait preuve de davantage d’indépendance, se tournant vers les États-Unis pour tenter de contrebalancer l’influence russe. Deux avions militaires américains, munis de systèmes de reconnaissance, ont atterri sur un aéroport militaire d’Ouzbékistan, a affirmé samedi un responsable militaire ouzbek, une information que Washington et Tachkent ont refusé de confirmer. L’Ouzbékistan est lui aussi confronté à la menace islamiste : une vague d’attentats attribués aux islamistes a fait 16 morts en février 99 à Tachkent. «En échange de sa coopération, Tachkent demandera que les États-Unis cessent de critiquer le régime ouzbek, et des garanties de sécurité américaines», estime Pavel Felgenhauer. L’aide apportée à Washington risque cependant de se heurter à l’hostilité de la population. «L’Ouzbékistan ne doit pas participer aux opérations contre l’Afghanistan. Après les bombardements, les Américains rentreront chez eux et nous devrons faire face seuls aux conséquences de leur intervention», estime un commandant de l’armée de l’air en retraite Mamourjon Azimov. Le Turkménistan, qui partage une frontière de 744 km avec l’Afghanistan, a clairement indiqué qu’il était réticent à laisser les Américains utiliser son territoire. Achkhabad entretient des relations à la fois avec les taliban et l’Alliance du Nord. Le Kazakhstan s’est, pour sa part, déclaré prêt à aider les États-Unis, notamment en les laissant utiliser son espace aérien. Le Kirghizistan a été nettement plus prudent, déclarant qu’une éventuelle demande américaine devait être étudiée «très attentivement».
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