L’Irak a nié hier tout lien avec les attentats aux États-Unis, après avoir exprimé sa sympathie aux familles des victimes américaines des attaques qu’il ne dénonce cependant pas. En envoyant de tels signaux contradictoires, l’Irak semble craindre une possible frappe américaine sur son territoire, évoquée par un journal irakien, dans le cadre du projet de «guerre» des États-Unis contre le terrorisme. «Il n’est pas exclu que nous serons en tête de ceux que les États-Unis veulent agresser», écrivait ainsi en début de semaine Babel, dirigé par Oudaï Saddam Hussein, le fils aîné du président irakien. «L’Irak n’a aucun lien, de près ou de loin, avec les attaques contre des intérêts américains» du 11 septembre, a déclaré le chef de la diplomatie Naji Sabri, cité par l’hebdomadaire irakien al-Iqtissadi. Et, a-t-il ajouté, «les États-Unis, la Grande-Bretagne, les États occidentaux et le reste du monde le savent très bien». Ces déclarations interviennent au lendemain de l’annonce à Washington d’une possible implication du régime de Saddam Hussein dans les attentats qui ont fait près de 6 000 morts ou disparus. Un responsable de l’Administration américaine a indiqué que la CIA étudiait des informations sur des liens entre les services de renseignements irakiens et Mohamed Atta, un Égyptien soupçonné d’avoir participé au détournement d’un des deux avions lancé contre une des deux tours du World Trade Center à New York. Selon ces informations, a ajouté le responsable, une rencontre «s’est tenue plus tôt dans l’année en Europe» entre des responsables des renseignements irakiens et Atta. M. Sabri a démenti cette rencontre. «Les États-Unis savent très bien que cette accusation est sans fondement», a-t-il déclaré à l’AFP, ajoutant que «l’Irak n’a absolument aucun lien avec ce qui est arrivé ou avec les groupes que les États-Unis accusent d’en être responsables». Dimanche, le vice-président américain Richard Cheney avait pourtant indiqué que son pays n’avait pas de preuves d’une implication irakienne dans les attentats. Le quotidien londonien The Guardian avait indiqué que l’Irak avait approché l’islamiste d’origine séoudienne Oussama Ben Laden, principal suspect dans les attentats, pour lui offrir un refuge en contrepartie de son aide à des attaques contre des cibles américaines et britanniques. Toujours selon The Guardian, Ben Laden a rencontré l’ambassadeur d’Irak en Turquie Farouk Hijazi dans la région montagneuse proche de Kandahar, en Afghanistan. Mais, opposé à l’idéologie laïque du parti Baas au pouvoir à Bagdad, il aurait refusé l’offre irakienne. L’Irak, qui entretient des rapports très tendus avec les États-Unis depuis la crise du Golfe (1990-1991), est le seul pays arabe à n’avoir pas condamné les attentats. Selon lui, les Américains récoltent le fruit de la politique de «tyrannie» de leurs dirigeants. «L’Irak (est) l’unique pays au monde qui a exprimé franchement, sans courtoisie et sans aucune crainte sa position à l’égard de Washington», a indiqué son ministre des Affaires étrangères. M. Naji a jugé «illogique que les États-Unis imposent leur propre approche du terrorisme», ajoutant que Washington traitait de terroriste «quiconque mène une action armée contre ses intérêts, sa politique et son injustice ou contre les régimes à sa solde». Mais tout en affichant leur fermeté envers l’Administration américaine, les dirigeants irakiens ont pris l’initiative d’exprimer leur sympathie aux familles des victimes «américaines», une semaine après le drame. C’est le vice-Premier ministre Tarek Aziz qui a adressé mardi deux télégrammes de condoléances à une ONG américaine, Voices in the Wilderness, et à l’ex-ministre américain de la Justice Ramsey Clark, tous deux opposés aux sanctions de l’Onu contre l’Irak. Le quotidien Babel a qualifié mercredi les attentats d’«acte immoral» et estimé que «le terrorisme est un phénomène condamnable (...) et que le monde entier doit dénoncer objectivement, et non selon (une politique de) deux poids, deux mesures».
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