Les Américains, confrontés à un monde inconnu dont ils découvrent soudain l’hostilité, tentent d’en déchiffrer les clefs dans la presse, les librairies, les sites Internet ou les bancs des écoles. Taliban, Afghanistan, Pakistan, Ben Laden : des pays et des noms ignorés de la plupart des Américains avant le carnage sans précédent du World Trade Center et du Pentagone sont désormais devenus monnaie courante dans la conversation. Le président George W. Bush a dû, le premier, se mettre à jour : interrogé durant la campagne électorale, il avait pris les taliban pour un groupe de rock et n’avait pas su nommer le président du Pakistan. Maintenant les cartes de l’Afghanistan, du Pakistan et le portrait de l’ennemi public numéro un des États-Unis, Oussama Ben Laden, le commanditaire présumé des attentats du 11 septembre qui ont fait près de 6 000 victimes, inondent les pages des journaux et les ordinateurs. Les chaînes de télévisions ressortent quant à elles, en l’absence d’images récentes, des documentaires vieux parfois de plusieurs années sur le milliardaire d’origine séoudienne Oussama Ben Laden voulu «mort ou vif» par le gouvernement américain. Les ventes de livres et de cartes sur l’Afghanistan et le terrorisme connaissent un soudain engouement, selon les sites de ventes de livres on-line. Ainsi l’ouvrage Germs : America’s Secret War Against Biological Weapons (La guerre secrète de l’Amérique contre les armes biologiques), non encore disponible, arrive en tête des commandes, précise le site Amazon.com. Écrit par la journaliste Judith Miller, du quotidien New York Times, spécialiste du Proche-Orient, ce livre évoque les risques d’une guerre bactériologique qui pourrait être déclenchée par les terroristes, dont le milliardaire d’origine séoudienne, Ben Laden et ses réseaux. The New Jackals : Ramzi Yousef, Osama Bin Laden and the Future of Terrorism (Les nouveaux chacals : Ramzi Yousef, Oussama Ben Laden et l’Avenir du Terrorisme) de Simon Reeve se trouve également en bonne place sur le site d’Amazon.com bien qu’il indique un délai de trois à cinq semaines pour la livraison. La liste contient également quatre livres sur l’Afghanistan, dont celui d’Ahmed Rashid : Taliban : Militant Islam, Oil and Fundamentalism in Central Asia» (Taliban : l’islam militant, le pétrole et le fondamentalisme en Asie centrale), classé en neuvième position. Une librairie de Washington indique par ailleurs avoir vendu toutes ses cartes de l’Afghanistan. Dans les classes, les enseignants en butte aux questions de leurs élèves ont ressorti les mappemondes et tentent de répondre aux questions des enfants. Le FBI et l’armée américaine ont, quant à eux, lancé un appel demandant aux personnes parlant et écrivant couramment farsi ou arabe de les contacter. La réponse a dépassé toutes les espérances : «Beaucoup d’Arabes américains veulent nous aider», indique le capitaine Chris Patterson, d’un des services linguistiques de l’armée basé dans l’Utah. «Nombre d’entre eux pleurent au téléphone et disent qu’ils feront tout pour aider leur pays», ajoute-t-il. Malgré le traumatisme provoqué dans l’opinion publique par la brutalité des attaques, Manny Paraschos, professeur de journalisme au Emerson College de Boston estime, pour sa part, que la couverture des événements dans la presse écrite reste relativement équilibrée. «J’ai été surpris par le nombre d’éditoriaux et d’articles, dans les grands journaux de la côte est mais aussi dans des journaux locaux, se demandant “pourquoi nous haïssent-ils”», dit-il. «Les événements ont réveillé les gens», relève pour sa part Robert Goldman, professeur de droit international à l’American University de Washington. «Clairement, cela va changer la perception qu’ont les Américains d’une partie du monde dont ils ignorent tout, dit-il, et changer aussi leur façon de voir les affaires internationales».
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