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Actualités - Chronologies

Des frappes en Afghanistan embraseraient la région

D’éventuelles frappes américaines sur l’Afghanistan font courir le risque d’un embrasement de toute la région, soumise à des tensions entre États en raison notamment d’intérêts politiques et stratégiques apparemment incompatibles, soulignent les spécialistes. Une simple énumération des voisins immédiats de l’Afghanistan suffit à montrer qu’une coalition conduite par les États-Unis relève du vœu pieux : on y trouve, en effet, l’Inde, le Pakistan, la Chine, la Russie, l’Iran chiite ainsi que les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale que sont le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan. Les rapports entre la plupart de ces pays vont de la méfiance réciproque à l’hostilité ouverte, comme c’est le cas entre l’Inde et le Pakistan. Si tous ces pays ont, en règle générale, apporté leur appui à la campagne de Washington en faveur d’une guerre totale contre le terrorisme, ces soutiens ont souvent été assortis de conditions et de précautions motivées par le fait qu’on ignore quelle sera la nature exacte des représailles américaines contre Oussama Ben Laden, le suspect numéro un dans les attentats du 11 septembre aux États-Unis, et contre le régime taliban, au pouvoir à Kaboul, qui le protège. Or l’équilibre stratégique dans cette région est complexe et très fragile, relèvent les experts qui estiment que le principal danger d’une action militaire américaine réside dans sa transformation en un conflit prolongé qu’un ou plusieurs pays pourraient considérer comme portant atteinte à leur intérêt national. Le schéma le plus acceptable pour la plupart des gouvernements serait une frappe «chirurgicale» limitée sur les bases terroristes en Afghanistan pour laquelle les pays voisins fourniraient un appui logistique et dans le domaine du renseignement. Mais même cela constitue un risque, car les taliban ont prévenu que tout pays aidant les États-Unis devrait en subir les conséquences. Parmi l’ensemble des États de la région, seul le Pakistan a reconnu le régime des taliban, mais cela ne veut pas dire pour autant que les autres seraient heureux de voir les Américains renverser ce régime et le remplacer par un autre de leur choix. La Chine est particulièrement sourcilleuse face à toute tentative des États-Unis d’avoir une position dominante en Asie centrale. «Si des soldats américains sont envoyés, si les taliban sont renversés et un régime proaméricain y est installé, alors les États-Unis entreront en conflit d’intérêt non seulement avec la Chine, mais également avec la Russie et l’Irak», explique Lau Siu-Kai, spécialiste des sciences politiques à l’Université de Hong Kong. «Pour la Chine, le danger réside dans le fait que les États-Unis vont s’engager dans l’Asie du Sud et qu’il y aura plus de troupes américaines près de ses frontières», souligne Jean-Pierre Cabestan, directeur du centre français de recherche sur la Chine contemporaine. Selon Bakhodir Moussaïev, analyste politique en Ouzbékistan, un conflit en Afghanistan pourrait conduire les pays pauvres d’Asie centrale à augmenter leurs budgets militaires, ce qui aurait pour effet de renforcer le terrorisme. «Des transferts budgétaires auront de graves répercussions sur les régions rurales pauvres qui constituent d’ores et déjà un ferment pour les extrémistes musulmans», souligne M. Moussaïev. La Russie est clairement réticente à se laisser entraîner dans un éventuel conflit. Toutefois, le vice-président de la commission de Défense de la Douma (Chambre basse du Parlement russe), Alexeï Arbatov, a indiqué que la Russie pourrait offrir «ses forces et ses moyens militaires», même si elle «ne pourra pas donner carte blanche aux Américains». La ligne de fracture la plus délicate reste le Cachemire qui alimente l’hostilité entre l’Inde et le Pakistan. New Delhi accuse Islamabad d’y encourager l’insurrection des séparatistes musulmans. Pour l’Inde, la question est de savoir si les États-Unis, en recherchant l’appui du Pakistan dans leur croisade antiterroriste, s’éloigneront de leur position de «neutralité» dans ce conflit.
D’éventuelles frappes américaines sur l’Afghanistan font courir le risque d’un embrasement de toute la région, soumise à des tensions entre États en raison notamment d’intérêts politiques et stratégiques apparemment incompatibles, soulignent les spécialistes. Une simple énumération des voisins immédiats de l’Afghanistan suffit à montrer qu’une coalition conduite par les États-Unis relève du vœu pieux : on y trouve, en effet, l’Inde, le Pakistan, la Chine, la Russie, l’Iran chiite ainsi que les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale que sont le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan. Les rapports entre la plupart de ces pays vont de la méfiance réciproque à l’hostilité ouverte, comme c’est le cas entre l’Inde et le Pakistan. Si tous ces pays ont, en règle générale,...