Il aura fallu quatre jours de faux départs et d’espoirs déçus, plus de 15 heures d’avion, de salles d’attente, de bagages perdus et d’émotions pour que le Dr Neil Sadick rentre enfin chez lui. À New York. Mais la ville où il est revenu vendredi soir, épuisé, n’est pas celle que ce chirurgien de 48 ans avait quittée une semaine auparavant pour un week-end paisible en Europe. «Ce n’est plus la ville que j’appelais ma ville», murmure-t-il en regardant par le hublot d’un DC-10 le nuage de fumée grise qui monte, dans la nuit étoilée de lumières orange, des ruines de ce qu’était le World Trade Center. «Mon ex-femme me dit qu’il y a encore du danger. Mes amis me parlent d’avions de combat dans le ciel, soupire-t-il au moment où l’avion atterrit à l’aéroport de La Guardia. Non, Manhattan ne sera plus jamais comme avant»... Comme avant le mardi 11 septembre 2001. Ce jour-là, le vol de la compagnie Alitalia qui ramenait le Dr Sadick de Rome vers les États-Unis se trouvait au-dessus de l’Atlantique lorsque la voix du commandant de bord creva le calme de la cabine de première classe. «Il a annoncé qu’il y avait eu une catastrophe», se souvient ce spécialiste de chirurgie esthétique qui est né dans le quartier pauvre du Bronx et vit aujourd’hui sur l’artère la plus cossue de New York, la 5e avenue. «Le capitaine nous a expliqué que quatre avions s’étaient écrasés et que nous devions faire demi-tour», poursuit le Dr Sadick. Il évoque ces instants de tragédie, quatre jours plus tard, debout dans le couloir d’un vol de la compagnie Northwest à destination de Detroit – un des premiers vols à partir de l’Europe depuis le drame du World Trade Center. Et il raconte une histoire, qui est celle de milliers d’Américains restés bloqués loin de chez eux après l’attaque terroriste la plus meurtrière de l’histoire et la fermeture de l’espace aérien des États-Unis. «L’idée d’un acte terroriste m’est immédiatement venue à l’esprit», raconte le Dr Sadick, qui était à Rome pour parler de phlébologie devant un congrès médical et faire les magasins de luxe avec sa compagne russe, Inna. Mais ce n’est qu’en rentrant à son hôtel qu’il a pris conscience de l’ampleur de la tragédie. La chaîne d’information CNN lui montrait des images auxquelles il ne voulait pas croire : «Je me suis dit : C’est la fin du monde. Et pour la première fois j’ai ressenti un sentiment inconnu : la peur». Au téléphone, ses parents et ses amis lui décrivent une ville en état de siège, aux rues désertées, patrouillées par la police. Rien de commun avec ce que cet enfant du Bronx, né dans une famille juive de la troisième génération, aux racines polonaises et russes, avait connu et aimé à New York. Dès le lendemain, il se rendra à l’aéroport romain de Fiumicino, un trajet qu’il répétera 12 fois en deux jours avant d’embarquer, jeudi 13 septembre, sur un vol de l’Alitalia qui prend enfin la direction de l’Amérique. Vaine tentative. Après une heure de vol, l’appareil fait demi-tour au-dessus de la ville espagnole de Barcelone. Le capitaine annonce que l’espace aérien des États-Unis est de nouveau fermé. «Je me suis cru dans un cauchemar. Tout était à recommencer», se souvient le chirurgien new-yorkais. N’y tenant plus, il a embarqué vendredi dans un vol de la Northwest pour Detroit, la grande ville industrielle du Michigan, à plus de 1 000 km à l’ouest de sa destination finale. «Je conduirai douze heures s’il le faut, mais je dois rentrer chez moi», répète-t-il au cours des dix heures de vol. Mais il n’aura pas eu à conduire. Un appareil de la même compagnie le ramènera vers New York, volant étrangement bas – comme s’il était encore trop tôt pour les milliers d’avions qui parcourent chaque jour le ciel américain d’y reprendre toutes leurs libertés. Le Dr Sadick n’a pas eu envie de sourire en survolant l’île de Manhattan, but de tous ses efforts. Et ses bagages perdus n’y étaient pour rien. «Il y aura toujours un sentiment de peur : les gens regarderont toujours derrière eux», souffle-t-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il aura fallu quatre jours de faux départs et d’espoirs déçus, plus de 15 heures d’avion, de salles d’attente, de bagages perdus et d’émotions pour que le Dr Neil Sadick rentre enfin chez lui. À New York. Mais la ville où il est revenu vendredi soir, épuisé, n’est pas celle que ce chirurgien de 48 ans avait quittée une semaine auparavant pour un week-end paisible en Europe. «Ce n’est plus la ville que j’appelais ma ville», murmure-t-il en regardant par le hublot d’un DC-10 le nuage de fumée grise qui monte, dans la nuit étoilée de lumières orange, des ruines de ce qu’était le World Trade Center. «Mon ex-femme me dit qu’il y a encore du danger. Mes amis me parlent d’avions de combat dans le ciel, soupire-t-il au moment où l’avion atterrit à l’aéroport de La Guardia. Non, Manhattan ne sera plus...