«Les pays esclavagistes ont un devoir moral et légal de réparation. La moralité et la légalité doivent aller de pair». Un tonnerre d’applaudissements s’élève sous le chapiteau du Forum des ONG contre le racisme, qui se déroule à Durban avant la conférence de l’Onu. Dans un discours passionné, Anthony Gifford vient de se tailler un franc succès. Ce Britannique, lord et juriste, installé en Jamaïque, est l’auteur d’un opuscule intitulé «les bases légales pour la réparation». Or, la question de la traite négrière promet d’être, avec le Proche-Orient, l’une des plus controversées de la conférence. Les débats des militants associatifs ont permis d’en étaler toutes les implications politiques et financières. «Là où le panafricanisme peut grandir aujourd’hui, c’est sur les réparations. Vous nous avez donné certaines choses, mais la dette n’a pas été payée. Il ne s’agit pas de demander de l’argent, c’est bien plus que ça. On peut considérer que c’est la renaissance noire, par laquelle nous exigeons, et pas simplement demandons, justice», tonne Dudley Thompson, ancien ministre jamaïcain. Le continent africain a été saigné de ses ressources humaines et matérielles pendant des siècles. Les descendants d’esclaves de l’autre côté de l’Atlantique continuent à être victimes de discriminations politiques, économiques et sociales. La liste des récriminations est longue. «Mon travail a démontré que les victimes sont souvent oubliées, la société est mal à l’aise envers les victimes», explique Theodore Vanbolden, ancien rapporteur de la sous-commission des droits de l’homme de l’Onu sur les violations flagrantes des droits humains. Wade opposé aux réparations «Mais depuis une quinzaine d’années, il y a un mouvement pour faire des réparations une préoccupation internationale», poursuit-il, décrivant une progression qui va des indemnisations aux victimes de la Shoah, aux «conférences de la vérité et de la réconciliation» qui ont suivi la chute de divers régimes totalitaires. Les pays occidentaux rechignent pourtant à s’avancer dans le débat sur l’esclavage, craignant ses répercussions juridiques et financières, mais aussi sans doute politiques. «La traite d’abord, l’esclavage ensuite et aujourd’hui la mondialisation sont une insulte à l’individu», dénonce ainsi le chercheur sénégalais Malamine Kourama, rejoint par nombre de militants qui dénoncent la «discrimination économique» des pays du Sud ou des minorités raciales au Nord. Le président sud-africain Thabo Mbeki a apporté un certain soutien aux revendications des ONG, appelant à «un engagement mesurable au sein des pays et parmi les nations que des mesures pratiques seront prises et des ressources allouées, pour éradiquer l’héritage de l’esclavage, du colonialisme et du racisme». D’autres chefs d’État africains, notamment le président sénégalais Abdoulaye Wade, sont résolument opposés aux réparations.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «Les pays esclavagistes ont un devoir moral et légal de réparation. La moralité et la légalité doivent aller de pair». Un tonnerre d’applaudissements s’élève sous le chapiteau du Forum des ONG contre le racisme, qui se déroule à Durban avant la conférence de l’Onu. Dans un discours passionné, Anthony Gifford vient de se tailler un franc succès. Ce Britannique, lord et juriste, installé en Jamaïque, est l’auteur d’un opuscule intitulé «les bases légales pour la réparation». Or, la question de la traite négrière promet d’être, avec le Proche-Orient, l’une des plus controversées de la conférence. Les débats des militants associatifs ont permis d’en étaler toutes les implications politiques et financières. «Là où le panafricanisme peut grandir aujourd’hui, c’est sur les réparations. Vous...