À 123 jours du passage à la monnaie unique, les billets en euros ont cessé jeudi d’être virtuels pour dévoiler leur véritable image aux 300 millions d’Européens appelés à les utiliser, sous l’œil ému du président de la Banque centrale européenne, Wim Duisenberg. «En général, les banquiers centraux ne sont pas censés exprimer d’émotion ou avoir de rêves. Ils sont supposés parler de chiffres. Pardonnez-moi si je fais aujourd’hui une exception», a déclaré M. Duisenberg, visiblement ému. Son institut avait vu grand pour l’occasion, mettant sur pied un spectacle son et lumière à l’opéra de Francfort. Posées sur des socles étoilés, rappelant le drapeau européen, 13 planches de billets en euros sont venues encadrer la scène de l’institution lyrique. «Chacune de ces étoiles sera envoyée dès demain à l’une des Banques centrales de la zone euro», a précisé M. Duisenberg aux centaines de journalistes venus découvrir les coupures de 5, 10, 20, 50, 100, 200 et 500 euros destinées à atterrir dans les portefeuilles de 300 millions d’Européens à partir du 1er janvier. L’euro a finalement pris son envol dans le ciel de Francfort : l’effigie des nouvelles coupures, imprimées sur un ruban bleu, s’affichait jeudi autour du bâtiment de la BCE, sous le regard attendri des gendarmes monétaires et les applaudissements des passants. La cérémonie de présentation avait des airs de premiers adieux aux monnaies nationales – franc français, franc belge, franc luxembourgeois, deutschemark, mark finlandais, drachme, peseta, livre irlandaise, lire, florin, schilling, escudo –, condamnées à disparaître au profit de l’euro, aujourd’hui devenu «une réalité tangible et non plus seulement une monnaie virtuelle», a souligné avec force M. Duisenberg. Jusqu’à présent, en effet, les gardiens de l’euro avaient jalousement gardé le secret du vrai visage des coupures, de peur d’attiser les convoitises des faux-monnayeurs. Mais ceux-ci ont été sévèrement mis en garde. Fil de sécurité vertical traversant entièrement le billet, filigrane visible par transparence, hologrammes, impression dite en «taille-douce» (en relief) destinée aux non-voyants... la BCE n’a pas lésiné sur les moyens pour rendre inimitable la monnaie fiduciaire, truffée de marques de sécurité. Et de faire appel à la vigilance du peuple européen tout entier. «Toucher, regarder et incliner» : tels sont les trois tests simples qui devraient permettre au public et aux professionnels de vérifier facilement et rapidement l’authenticité des billets. Mais avant de passer entre les mains du grand public, l’euro, dont la cote de popularité n’arrive pas à décoller, doit se faire connaître. Pour ce faire, sera lancée, dès septembre, une vaste campagne de publicité à la télévision et dans la presse écrite commune aux douze pays de la zone euro, répondant au slogan «l’euro notre monnaie». Pour tenter de familiariser les Européens à leur future monnaie, cinq spots de publicité et quelque 200 millions de dépliants informatifs intitulés «Se préparer à l’euro» seront diffusés sur le continent mais aussi à l’étranger. Un effort de communication d’un coût total de 80 millions d’euros pour les pays de l’Eurosystème. Le compte à rebours a commencé. Samedi, débute la phase de préalimentation en euros des établissements bancaires européens. Quelque 15 milliards de billets doivent être distribués dans les prochaines semaines, sous le regard vigilant des forces de l’ordre et armées nationales.
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