Nous voguons, en ce mois d’août, non pas sur les eaux de la Méditerrannée, mais sur un océan de nullités. À part le fait que la programmation est essentiellement consacrée à des téléfilms sortis des moules obligés, du genre policier, suspense ou autres, de plus les films qui nous sont proposés ne brillent pas d’un éclat particulier. On retiendra du naufrage dans cet océan un mélodrame «Penny Serenade», un honnête suspense «Ransom» et la fresque historique «The Fall Of The Roman Empire», déjà proposé aux téléspectateurs je ne sais plus combien de fois. Même si vous n’avez pas la larme facile, vous aurez besoin d’une boîte de kleenex à vos côtés durant la projection de Penny Serenade. George Stevens a réalisé là ce qui est considéré comme le prototype du mélodrame avec Madame X. Cary Grant et Irene Dunne, qui avaient été déjà réunis quelques années auparavant dans The Awful Truth, changeaient complètement de registre ici. Cary Grant est le propriétaire d’un petit journal de province et Irene Dunne est son épouse. La vie n’est pas facile pour ces deux-là, dont les tribulations font partie de leur quotidien. Mais le pire qui les attend c’est lorsqu’ils perdent leur fillette de six ans, qu’ils avaient adoptée ne pouvant pas avoir des enfants. C’est le drame et après bien d’autres épreuves et non des moindres, ils décideront d’adopter un autre enfant, ce qui mènera le film à sa conclusion. Ce qui aurait pu n’être qu’un horrible mélo est sauvé grâce au talent de ses deux interprètes et surtout à la mise en scène discrète et mesurée de George Stevens. Tous les interprètes secondaires sont au diapason : Beulab Bondi, dans le rôle de la directrice d’un orphelinat, Edgard Buchanan, un fidèle ami du couple, Ann Doran et Eva Lee Kuney dans le rôle de la fillette adoptive. Diffusion mercredi à minuit sur Future TV L’originalité de Terminal Velocity est de nous raconter une histoire de complot qui se déroule en grande partie dans les airs... Ditch Brodie, instructeur de parachutisme aussi doué que casse-cou, a accepté d’organiser le premier saut de Chris Marrow, une très belle jeune femme. Mais celle-ci se jette dans le vide avant son ordre. Son parachute ne s’ouvre pas et elle s’écrase au sol. Ditch, jugé coupable de négligence, risque d’être condamné pour homicide involontaire. Trouvant l’affaire suspecte, il mène sa propre enquête et découvre que Chris, toujours vivante, travaille pour le KGB. Il se trouve alors pris dans les rouages d’un complot visant à briser la paix entre la Russie et les États-Unis. Si le scénario flirte avec les archétypes (ici la mafia russe dans le rôle du méchant), en revanche, quel brio dans les scènes d’action ! Et au moins une trouvaille d’anthologie : la séquence finale. Diffusion jeudi à 21h30 sur Future TV Un titre explicatif : Cabin Boy ! Dans ce film d’Adam Resnick, un jeune homme prétentieux et snob se retrouve embarqué par erreur, au lieu d’un yacht somptueux, sur un petit bateau de pêche avec des marins endurcis avec lesquels on ne plaisante pas. Ce sera l’occasion pour le jeune homme de gagner ses galons d’adulte, en tirant les leçons d’une belle expérience de vie. Cette comédie a autant de chance de vous séduire que de vous déplaire, tout dépend de votre indulgence vis-à-vis de l’interprétation de Chris Elliott, dont le sens du comique peut ne pas être au goût de tous. En compensation, le dialogue est souvent drôle et les gags amusants. Ajoutez à cela une photographie de qualité et quelques silhouettes secondaires bien campées. Diffusion vendredi à minuit sur Future TV Les débuts de Cindy Crawford à l’écran dans Fair Game d’Andrew Sipes n’ont pas fait de vagues et pour cause. Kate McQuean, avocate de Miami, engage une action pour faire saisir le bateau d’un mari indélicat dans une affaire de divorce. Dans les jours qui suivent, elle devient la cible d’un mystérieux commando dirigé par Kazak, un ancien colonel du KGB, dont elle contrarie involontairement les projets criminels. Kate subit plusieurs agressions, dont un attentat à l’explosif auquel elle survit miraculeusement. La police charge Max, un inspecteur fort séduisant, de la protéger. Ensemble, ils tentent d’échapper aux tueurs et de résoudre cette énigme. Un scénario inexistant où quelques cascades tiennent lieu d’action. Le talent de comédienne de Cindy Crawford est, hélas, inversement proportionnel à sa plastique. Un ratage navrant qui fut, en outre, un cuisant échec commercial. Diffusion samedi à minuit sur LBCI Ransom : c’est le titre d’un film récent avec Mel Gibson. Ce soir, c’est l’original avec Glenn Ford qui vous est proposé. Même sujet mais traitement différent, puisqu’aujourd’hui la violence est au goût du jour. David Stannard, qui dirige une fabrique d’aspirateurs, vit heureux avec sa femme Edith et son fils Andy. Un jour, ce dernier ne revient pas de l’école et David apprend, par un coup de téléphone, qu’il a été kidnappé et que, pour le revoir vivant, il doit remettre aux ravisseurs une rançon de 500 000 dollars. David décide alors de ne pas payer cette rançon, dont il était pourtant parvenu à réunir le montant, afin de ne pas jouer le jeu des kidnappers. Il estime que, si chacun agissait comme lui, le kidnapping aurait une chance de disparaître. Sa femme, son frère, ses voisins et l’homme de la rue lui donnent tort... C’est l’un des sujets les plus dramatiques qu’aborde La rançon. Les auteurs ont évité de réaliser un nouveau film policier avec poursuites et fusillades, pour s’attacher à la personnalité de David Stannard, et le monologue de Glenn Ford à la télévision, lorsqu’il s’adresse au kidnapper, est un moment inoubliable. Avec beaucoup d’intelligence, Alex Segal et ses scénaristes ont recréé l’atmosphère de la vie quotidienne américaine. Tout le monde lui reprochant son attitude intransigeante, le héros du film finit par se retrouver presque seul. Ce drame est l’occasion d’une véritable fête pour les babauds, qui stationnent devant la maison des parents angoissés en commentant les événements, et pour les inévitables vendeurs de confiseries ou de breloques. Adapté d’une pièce écrite pour la télévision, le scénario possède un impact dramatique auquel il est difficile de rester insensible et Glenn Ford, remarquable, trouve ici un de ses plus beaux rôles. Diffusion samedi à minuit sur Future TV Set It Off de Gary Gray est un film policier prometteur au départ, décevant à l’arrivée. Au départ, nous avons quatre jeunes femmes noires qui décident de défier le «système» et de dévaliser une banque. Ces quatre femmes vont voir leur amitié mise à mal avec les conséquences de leur acte. Visiblement le réalisateur a ambitionné de faire un film allant au-delà de l’intrigue policière, en voulant nous proposer un constat social. Mais alors pourquoi toutes ces explosions, ces poursuites interminables en voiture et tous les clichés du genre réunis inutilement dans le seul but d’allonger la sauce ? Le film dure plus de deux heures et nous offre de plus une invraisemblable idylle entre une des jeunes femmes et un banquier. C’est l’interprétation «musclée» de Queen Latifah dans le rôle d’une lesbienne maniant le revolver avec aisance qui donne au film un semblant de réalisme. Diffusion dimanche à 20h30 sur MTV Peindre le déclin de l’Empire romain, à la fin du deuxième siècle, sous le règne de Marc Aurèle au moment où il doit faire face, sur ses frontières, à la poussée des barbares, notamment sur les rives du Danube, telle est la toile de fond historique de cette superproduction que Samuel Bronston commande à Anthony Mann dès 1961, alors qu’il venait de lui faire diriger Le Cid. Et c’est ainsi que, près de Madrid, on vit se rebâtir le Forum de Rome grandeur nature. Sir Alec Guiness allait être Marc Aurèle ; Sophia Loren, sa fille Lucilla ; Stephen Boyd serait Livius et Christopher Plummer, Commodus. En l’an 180. Marc Aurèle réunit ses compatriotes dans une place fortifiée au Nord de l’Empire pour annoncer le nom de son successeur. Ce devrait être son fils Commodus mais Marc Aurèle lui préférerait Livius un tribun militaire. Commodus fait empoisonner son père... «J’ai voulu – déclarait Anthony Mann – montrer la folie du monde, le déclin et la mort de l’esprit. Nous avons essayé de montrer ce qui a provoqué la chute de l’Empire : l’inceste, l’achat de soldats, l’interdiction faite au peuple de parler par l’intermédiaire du Sénat. Historiquement tout est exact dans le film. Il est exact que Faustine avait de nombreux amants. Tout Rome savait qu’il y avait des gladiateurs parmi eux !». Le moins que l’on puisse dire est que The Fall Of The Roman Empire est un film inégal. On ne retrouve pratiquement jamais ici la sensibilité d’Anthony Mann, l’auteur des Bend Of The River et de Naked Spurs, qui semble avoir été écrasé par le gigantisme du projet. En revanche, si on ne considère le film que comme une œuvre historique spectaculaire, le pari de Mann et de son producteur Bronston est gagné et la reconstitution du Forum, construit à Las Mats près de Madrid, mérite à elle seule de voir le film. Peu de décors sont en effet aussi imposants et réussis. Tourné pour seize millions de dollars, à l’époque un budget gigantesque, le film bénéficie aussi d’un éblouissant travail de seconde équipe signé par Andrew Marton et Yakima Canutt, déjà responsables de la fameuse course de chars de Ben Hur. Grâce à eux, le film retrouve une dimension étonnante, celle de la fresque historique. Beaucoup moins intelligent et prestigieux que Cléôpatre de Mankiewicz. The Fall Of The Roman Empire est – même si le film a été tourné en Espagne – l’une des dernières grandes reconstitutions historiques américaines. Les amateurs de scènes spectaculaires à l’abondante figuration ne seront pas déçus. Il faudra attendre le récent Gladiator pour que le genre renaisse de ses cendres. Diffusion dimanche à minuit sur Future TV
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