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Actualités - Opinions

IMPRESSION - Démos-tration

Nous y voilà : changement de décor. Silence, on rafle. Et chacun de nous se sent brusquement prisonnier. Nous-nous crûmes libres, en effet, jusqu’à avoir tâté du délit d’opinion. Démocrates, disions-nous avec un petit frisson de fierté. Dans l’océan de ploutocrates et d’autocrates qui nous entoure jusqu’au cou, même nous qui vous parlons avons désormais la cratie qui part d’un côté et le brave démos de l’autre. Et pas qu’au compte-gouttes. Tanios, toujours tu chériras la mer… Tanios ne veut plus. Marre de rouler son rocher, marre de s’y accrocher. Partir avant qu’il ne l’écrase. Toujours une fatalité nous rattrape. Ce pays est un labyrinthe, un dé pipé, un jeu de l’oie kafkaïen. Qui trouvera encore des ressources d’optimisme pour reprendre sans cesse à zéro ce qu’on croit sur le point d’aboutir. Qui a encore envie de payer de son temps sinon de son sang le pari de plus en plus hasardeux d’un seul lendemain qui chante ? En même temps, tout paraît immuable, inoffensif, quasi normal pour qui n’a pas encore, et en vrac : perdu son travail, demandé une augmentation, murmuré le fond de sa pensée, eu à faire à une administration publique, ouvert son poste sur un journal local, tenté d’obtenir un visa, tenté… été tenté. Des comme ça, j’ai cru en voir, hier soir, sur un petit balcon carré surplombant l’autoroute. Lui, la cinquantaine, en maillot de corps blanc, bullant dans son narguilé. Elle, en gallabia, pantoufles et fichu, découpant une tomate dans le bruit des voitures et le ronronnement des groupes électrogènes. J’ai cru entendre leur conversation sur les glaçons qui ont manqué pour l’arak parce qu’ils ne l’ont pas donnée aujourd’hui. J’ai cru entendre leur fils, en short, la vingtaine, qui ne disait rien. Il a fait des études : BT air conditionné. Peut-être quelqu’un, celui qui a déjà pris le voisin, l’embaucherait-il sur Dubaï ? Pas pour lui, la vie en petit, les glaçons en croûte et la tomate de l’apéro. Alhamdulillah soupirera tout à l’heure le papa. Tanios n’a pas envie de dire merci pour ça.
Nous y voilà : changement de décor. Silence, on rafle. Et chacun de nous se sent brusquement prisonnier. Nous-nous crûmes libres, en effet, jusqu’à avoir tâté du délit d’opinion. Démocrates, disions-nous avec un petit frisson de fierté. Dans l’océan de ploutocrates et d’autocrates qui nous entoure jusqu’au cou, même nous qui vous parlons avons désormais la cratie qui part d’un côté et le brave démos de l’autre. Et pas qu’au compte-gouttes. Tanios, toujours tu chériras la mer… Tanios ne veut plus. Marre de rouler son rocher, marre de s’y accrocher. Partir avant qu’il ne l’écrase. Toujours une fatalité nous rattrape. Ce pays est un labyrinthe, un dé pipé, un jeu de l’oie kafkaïen. Qui trouvera encore des ressources d’optimisme pour reprendre sans cesse à zéro ce qu’on croit sur le point...