Il fut un temps, pas trop lointain, où la virilité se portait sombre et sobre... Au cours des étés caniculaires, un peu de beige ou du gris clair, du blanc en plus grande dose volaient au secours des mâles, «liquéfiés» dans leurs costumes-cravate. Les temps sont plus cléments pour les petits-fils de ces anciens suppliciés. La masculinité se porte en tenues bien moins lugubres, et la tendance est de plus en plus à la décontraction. La dernière présentation signée Dior (Homme 2002) pour le second été du XXIe siècle est l’illustration la plus éloquente de cette grande révolution du vêtement masculin. Sous la baguette de Hedi Slimane, le défilé de 40 passages (!) d’un impresionnant nombre de mannequins proclamait haut et fort que la mode masculine n’a plus rien à faire avec les conceptions du vêtement «homme» du passé... Sur un podium de 56 m, le défilé était présenté par une foule de jeunes mâles recrutés parmi la nouvelle fournée top models, tous très minces et tous débordant d’énergie. Selon les explications du créateur, l’intention première de ce défilé a été de créer, le plus fidèlement possible, l’ambiance de la rue «là où la mode naît, vit, meurt et renaît» précisait-il. Trait principal de la collection : la couleur rouge. Pour Hedi Slimane, cette teinte symbolise «l’énergie et le cœur». Ce qui explique les taches de sang sur le côté gauche de certaines chemises qu’il explique, très poétiquement, «comme les battements d’un cœur à cœur ouvert»... Côté technique, la collection se veut un reflet aussi fidèle que possible de la rue : toutes les classes, tous les âges, tous les métiers et les professions se côtoient sur les trottoirs. Une rue toutefois qui n’a rien à voir avec celles que nous connaissons. La voie Dior 2002, en effet, est peuplée d’individus habillés de rouge (surtout), noir et gris. Les pantalons glissent sur les hanches pour laisser voir le slip, noir ou argent, pour une partie des modèles. La silhouette est menue et très près du corps. La grande nouveauté ? La fin des manches. De grandes ouvertures à droite et à gauche aèrent le buste et font ressembler vestes et chemises à des armures de chevaliers d’antan. Les vestes, vestons, blousons et autres «hauts» sont bannis, exilés, chassés. À leur place, de la fantaisie créatrice : hauts décalés, fermés parfois sur le côté ou noués par des pans coupés tels les queues des cerfs-volants. Une grosse ceinture serre bien la taille, rouge, blanche ou noire, pourvue d’une pochette où on glisse papiers, chéquier et argent liquide. Les tissus sont fluides : satin de coton, satin mat, étoffes synthétiques. Pour égayer le tout, à côté des trench-coats noirs ceinturés, des vestes en coton jaune, turquoise, vert-pomme. Le final de cette collection révolutionnaire a été un jogging de nylon orange, style surpantalon moto, porté bas sur les hanches, d’où dépasse un slip noir... Il reste à savoir dans combien de pays les visions futuristes de Hedi Slimane pourraient avoir droit de cité. D’autant plus que les pays pétrolifères du Moyen-Orient sont des gros clients du label Christian Dior.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il fut un temps, pas trop lointain, où la virilité se portait sombre et sobre... Au cours des étés caniculaires, un peu de beige ou du gris clair, du blanc en plus grande dose volaient au secours des mâles, «liquéfiés» dans leurs costumes-cravate. Les temps sont plus cléments pour les petits-fils de ces anciens suppliciés. La masculinité se porte en tenues bien moins lugubres, et la tendance est de plus en plus à la décontraction. La dernière présentation signée Dior (Homme 2002) pour le second été du XXIe siècle est l’illustration la plus éloquente de cette grande révolution du vêtement masculin. Sous la baguette de Hedi Slimane, le défilé de 40 passages (!) d’un impresionnant nombre de mannequins proclamait haut et fort que la mode masculine n’a plus rien à faire avec les conceptions du vêtement...