Le président palestinien Yasser Arafat doit en permanence compter, dans son propre camp, avec une opinion radicalisée par dix mois d’intifada et de violences, et des mouvements politico-militaires résolument hostiles au dialogue avec Israël. La mouvance islamiste, en particulier, est bien décidée à poursuivre sa stratégie de violence, même si le chef de la diplomatie israélienne Shimon Peres, mandaté par le Premier ministre Ariel Sharon, parvenait à ouvrir des négociations avec l’Autorité palestinienne en vue d’un cessez-le-feu. «Peres est un menteur, Sharon a provoqué des bains de sang. Ils viennent encore d’envoyer des chars à Jénine !», s’indigne cheikh Ahmed Yassine, chef spirituel du Mouvement de la résistance islamique (Hamas). Ismaïl Abou Chanab, un des fondateurs de ce groupe dont le bras militaire a revendiqué la majorité des attentats-suicide en Israël, met en doute le pouvoir de M. Peres : «Peut-il contrôler les avions et les chars ?» «Nous n’y croyons pas. Israël ne comprend que la force», ajoute cet ingénieur, sur son ton égal et posé. «La résistance armée du Hezbollah dans le retrait israélien du Liban-sud ne peut que nous conforter», ajoute-t-il en référence au retrait inconditionnel israélien du Liban en mai 2000. «Peu importe l’opinion internationale ou les armes sophistiquées de l’ennemi : nous avons avec nous le peuple», dit Abou Chanab, dont le mouvement est bien implanté dans les camps de réfugiés palestiniens en Cisjordanie et à Gaza. Pour Mohammed el-Hindi, un des leaders du Jihad islamique, l’autre formation intégriste palestinienne, «Peres ou Sharon, tous deux forment un gouvernement de guerre, prêt à ne céder ni sur Jérusalem ni sur les réfugiés». «Le problème va perdurer», présage ce pédiatre de 46 ans, qui annonce «plus de sacrifices». Mais au-delà de la mouvance islamiste, qui s’oppose non seulement à l’occupation israélienne des territoires, mais à l’existence même d’Israël, l’envie d’en découdre semble avoir gagné toute une frange de population. Certains éléments mêmes du Fateh de M. Arafat, qui au départ approuvaient le processus de paix, semblent être devenus jusqu’au-boutistes. L’opinion, épuisée par les difficultés quotidiennes et les espoirs déçus, remontée aussi après la liquidation par Israël d’activistes portés en héros, exprime sa désespérance. «Israël devra offrir un projet politique clair pour les Palestiniens, ou il paiera», met en garde le patron de l’Organisation de jeunesse du Fateh, Abdel Hakim Awad, qui appelle à poursuivre la lutte armée : «Nous vaincrons, l’histoire le dit, le prix sera élevé, mais nous sommes prêts». Il est révélateur que le Hamas ne s’insurge pas vraiment à la suite de l’interpellation de certains de ses membres. Selon le Hamas, seuls quatre de ses militants ont été interpellés après l’attentat-suicide commis à Jérusalem-Ouest jeudi par un kamikaze, qui a tué quinze civils. «Arafat est en position de faiblesse», explique Abou Chanab, compréhensif. «Nous n’acceptons pas ces arrestations, mais nous pouvons faire avec. ça n’empêche pas la poursuite de nos actions», dit-il, refusant de croire à de plus amples arrestations. Pour autant, l’idée d’un gouvernement d’union semblait dans l’immédiat suspendue, et une réunion entre Arafat et tous les mouvements, annoncée la semaine dernière, a été reportée après l’attentat de la pizzeria. «On doit remettre à plus tard l’idée d’alliance, qui n’est pas finalisée et difficile à mettre en œuvre», assure Abou Chanab. L’avocat Raji Sourani, du Centre palestinien des droits de l’homme, estime qu’aujourd’hui «Arafat n’a pas de solution : aucun parti ne peut absorber la colère palestinienne».
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