L’extrême brutalité des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, en marge du sommet du G8 fin juillet à Gênes (Italie), a marqué un tournant dans l’histoire du mouvement antimondialiste, divisé sur les moyens à mettre en œuvre pour se faire entendre à l’avenir. Les forums de discussion sur l’Internet fourmillent de questions des militants qui ne cessent de s’interroger, partout dans le monde, sur les leçons de Gênes. La plupart des groupes antimondialisation – dont 700 étaient présents à Gênes – dénoncent la violence d’une minorité. Mais «les excès dans l’usage de la force» et les bavures commises par la police, reconnus par les autorités italiennes, semblent radicaliser certains militants. D’autant que le mouvement, né il y a 20 mois à Seattle (États-Unis) lors d’une réunion de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a désormais son premier martyr : Carlo Giuliani, 23 ans, tué d’une balle dans la tête par un jeune policier paniqué par le déchaînement de violence, au premier jour du G8, le 20 juillet. «Beaucoup considèrent que Gênes marque la croisée des chemins pour le mouvement alternatif antimondialisation, qui devra éviter la fragmentation issue de ses divergences internes s’il veut gagner en influence contre les pouvoirs mondialistes», peut-on lire sur le site Web du groupe international de journalistes militants Indymedia. La page du site intitulée «New Tactics and New Targets» (Nouvelles tactiques et nouvelles cibles) est bombardée de suggestions. Certains proposent de recourir aux boycotts, d’autres préconisent «l’action directe» contre les multinationales, d’autres encore se contenteraient de réunions parallèles lors des sommets. Le groupe Drop the Debt (Abandonnez la dette), basé à Londres, qui milite pour l’effacement de la dette des pays les plus pauvres, avait ainsi choisi de se réunir en dehors de Gênes lors du G8, inquiet des débordements. «Une telle violence ne fait que donner au G8 une excuse pour ne rien faire face à l’urgence de la dette et de la pauvreté, fait-il valoir sur son site. Les militants pacifistes doivent réfléchir à la façon de faire entendre leur message sans que celui-ci soit détourné par des extrémistes violents». L’organisation Attac, quant à elle, maintient que les manifestations sont un moyen efficace de dire ce message en marge des sommets et relève que le rôle de la police consiste à protéger non seulement les dirigeants mais aussi les militants pacifistes. Attac refuse de reculer face à la violence. «Nous poursuivrons ces manifestations tant que nous n’obtiendrons pas de réponse sérieuse» des politiciens, affirme Sven Giegold, d’Attac Allemagne. L’organisation, qui milite pour une répartition des richesses plus équitable, a appelé à un rassemblement lors de la réunion des ministres de l’Économie et des Finances de l’Union européenne, en septembre à Liège (Belgique), ainsi qu’à deux manifestations contre les paradis fiscaux en octobre, à Luxembourg et à Berlin. Elle entend mobiliser 50 000 militants lors de la réunion de l’OMC en novembre au Qatar, arguant qu’il n’est pas de lieu qui puisse être considéré comme trop lointain. Quant à la décision du Premier ministre canadien Jean Chrétien de reléguer le prochain sommet du G8 à Kananaskis (Alberta, ouest du Canada), à l’abri des Rocheuses, sans espace pour les manifestations pacifistes, elle apparaît comme une provocation aux yeux de certains. La branche britannique d’Indymedia propose déjà un plan d’action. «Le terrain est «bon pour des hippies, pas pour des flics». «Vous imaginez des troupes antiémeutes en tenue de protection marchant péniblement dans la forêt dense? Ils ont oublié le Vietnam ?».
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