Déjà la mi-août. L’autre versant de l’été. La moitié qui reste n’est pas vraiment la meilleure, déjà lestée de l’humidité cumulée depuis le dernier solstice et des appréhensions de la rentrée. Sur les devantures, plus que jamais, tout doit disparaître : la vendeuse, les murs, le décor, on n’emporte rien, les huissiers s’en chargent. C’est le soulagement du rameur privé de ses rames en plein océan, tellement crevé qu’il préfère encore la dérive. Nouveau chassé-croisé entre ceux qui s’en vont (quel est ce soupir ?) et ceux qui s’en viennent sans beaucoup d’illusions. Papa-maman vont bien. Pas facile de vivre là où ils ne sont pas. Pas moyen d’exister là où ils se trouvent. Malgré le soleil, le sable et la plage, la légèreté des vacances et les sourires misérables qu’on échange parce qu’on s’est cruellement manqué. Malgré un reste de festivals, les fêtes qui s’effilochent, les efforts héroïques d’un peuple qui veut, contre vents et marées, entretenir sa joie de vivre. Quel panache tout de même ! Jamais désespoir ne fut plus flamboyant. Mais voilà bien un, deux, trois ans qu’on apprend à voler de ses propres ailes, des ailes toutes neuves et de belle envergure, ma foi. On a envie de montrer comme on est libre et comme on sait voir les choses de haut. Mais où-tu-es, kes-tu-fais ? Même les SR veulent savoir. On se retrouve «ennemi intérieur», objet volant non autorisé dans l’espace de moins en moins aérien qui est le nôtre. Ici, seuls rassurent les «bang» des survols ennemis. Au moins, on reconnaît : ce n’est rien, c’est un «bang». Mais qu’une opinion se manifeste, et c’est la panique et le poing dans la gueule pour que cesse le bruit. Le silence est d’or. Le mot de la semaine. Une belle statue en or pour le dieu silence, là, sur la place de la grande muette qui parle avec les mains. Heureusement, papa-mama vont bien, et aussi les copains. Difficile d’être là où ils ne sont pas, et c’est pour eux qu’on reviendra. Et aussi parce que ce sera toujours – un peu plus, un peu moins – pareil. Tant pis, tant mieux. Du cèdre on nous a toujours montré les belles branches, jamais les racines tourmentées.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Déjà la mi-août. L’autre versant de l’été. La moitié qui reste n’est pas vraiment la meilleure, déjà lestée de l’humidité cumulée depuis le dernier solstice et des appréhensions de la rentrée. Sur les devantures, plus que jamais, tout doit disparaître : la vendeuse, les murs, le décor, on n’emporte rien, les huissiers s’en chargent. C’est le soulagement du rameur privé de ses rames en plein océan, tellement crevé qu’il préfère encore la dérive. Nouveau chassé-croisé entre ceux qui s’en vont (quel est ce soupir ?) et ceux qui s’en viennent sans beaucoup d’illusions. Papa-maman vont bien. Pas facile de vivre là où ils ne sont pas. Pas moyen d’exister là où ils se trouvent. Malgré le soleil, le sable et la plage, la légèreté des vacances et les sourires misérables qu’on échange...