La crise politique actuelle en Irlande du Nord est la plus grave depuis l’accord historique de 1998, mais elle n’implique pas pour autant, selon les analystes, le risque imminent d’une reprise majeure des hostilités. «Il y a en Irlande du Nord une société civile plus solide qu’en Macédoine et nous avons aussi le cadre des institutions et de l’État britanniques qui modèrent l’intensité du conflit», a déclaré Paul Bew, spécialiste du conflit nord-irlandais de la Queen’s University de Belfast. L’«effondrement» des institutions politiques en Irlande du Nord a été prédit dès mercredi par le Sinn Fein, l’aile politique de l’IRA. En cas d’absence d’accord avant samedi, six semaines après la démission, pour protester contre l’absence de désarmement de l’IRA, du chef de l’Exécutif d’Ulster David Trimble, Londres n’aura d’autre choix que de convoquer de nouvelles élections locales ou de suspendre les institutions de la province. Cette perspective semblait inévitable après que l’IRA s’est abstenue dans un communiqué hier matin de donner un calendrier pour son désarmement comme exigé par les protestants. Mais une suspension des institutions ne devrait pas se traduire, selon les analystes, par une reprise des hostilités généralisée comme cela a été le cas dans les territoires palestiniens après l’échec des négociations de Camp David. «Nous ne devrions pas assister à un effondrement immédiat comme au Proche-Orient, a poursuivi Paul Bew. Mais la possibilité d’un effondrement progressif existe». C’est également l’avis d’Adrian Guelke, professeur de sciences politiques comparées de Queen’s. «Ce n’est pas encore un scénario catastrophe, a-t-il souligné. Je ne pense pas que les parties veuillent revenir à l’état de guerre, même si cela dépend de la décision d’une poignée de gens». «Tant que les cessez-le-feu demeurent intacts, le processus de paix n’est pas atteint», a poursuivi M. Guelke. Les hostilités n’ont pas été arrêtées par les accords du Vendredi saint, mais bien avec les cessez-le feu (de l’IRA puis des milices protestantes) un an auparavant, souligne-t-il. Henry Patterson, professeur de sciences politiques à l’Université d’Ulster de Belfast, différencie également processus politique et processus de paix. La crise actuelle concerne le premier, que M. Patterson croit condamné. «Je ne pense pas que les institutions d’Irlande du Nord puissent être reconstruites, je crois qu’elles sont terminées», mais elle ne remet pas en cause le second, qui l’a précédée et lui a donné naissance, dit-il. «Le processus de paix demeure, même si les accords du Vendredi saint semblent en piètre état», explique Adrian Guelke. «La paix est encore là, convient Paul Bew. D’une certaine façon, ce processus est plus fort que la bonne volonté manifestée par ses acteurs politiques». Il fait valoir que la population d’Irlande du Nord s’est habituée à la paix. Même si les règlements de comptes sectaires et les irruptions de violence viennent rappeler régulièrement sa fragilité. Pour cet analyste, «dans le court terme, l’IRA ne reprendra pas les hostilités. Elle tentera au contraire de poser en victime, faisant porter l’entière responsabilité de l’échec aux protestants». L’IRA, qui compte, par le biais de son aile politique le Sinn Fein, deux ministres au sein du gouvernement nord-irlandais, «a intérêt à ce que les institutions demeurent en place», estime Paul Bew. Mais alors pourquoi ne pas être allé un peu plus loin sur le désarmement, permettant au protestant David Trimble de rester au gouvernement aux côtés du Sinn Fein ? «En désarmant, (les responsables de l’IRA) abandonneraient leur principal atout, explique Paul Bew. Ils perdraient leur raison d’être».
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