Quelques dérisoires billets de banque ont été enchevêtrés dans leurs mains rougies et déjà gonflées, en cette fin de matinée, pour bien montrer qu’il s’agit de vils mercenaires. Les quatre pendus du carrefour Ariana, au centre de la capitale afghane, près de l’ancien palais présidentiel, exécutés depuis minuit (18h30 GMT), attiraient encore l’attention des badauds, hier mercredi, dans la chaleur d’un pays qui subit depuis trois ans la pire sécheresse de mémoire d’homme. Ils avaient été accusés d’être les responsables d’une série d’attentats à la bombe qui avaient frappé Kaboul l’an dernier. Selon la version officielle, ils ont été pris «l’explosif à la main». Neuf personnes demeurent coaccusées et ont été condamnées à une peine de prison à vie, qu’elles purgeront à Kandahar, à 480 km au sud-ouest de Kaboul, là où réside le mollah Omar, chef spirituel des miliciens taliban qui contrôlent quelque 95 % du territoire national. Ces condamnations interviennent en vertu de «l’autorité spéciale du mollah Omar en matière de loi islamique» avait rapporté, mardi, la radio officielle Shariat Radio, en annonçant la prochaine exécution. À Kaboul, les pendus, visages pâles et cous tordus, continueront de se balancer au gré des rafales de vent jusqu’au soir. Deux d’entre eux sont accrochés à des treuils de camions militaires de transmissions peinturlurés en teintes de camouflage. Les deux autres sont accrochés au kiosque blanc de la police de circulation, au milieu du carrefour. C’est à ce kiosque qu’avaient été pendus, en septembre 1996, l’ancien président prosoviétique, le docteur Najibullah, et son frère Ahmad Zai. Quelques jeunes taliban au début de barbe frisottante chassent les enfants avec des badines. Ils tentent, vainement, de détourner la circulation du carrefour. Mais les plus curieux passent quand même alors que les chauffeurs avertis contournent le secteur pour ne pas être pris dans les embouteillages. À Kaboul, cet événement prime sur l’arrestation, dimanche, de 24 membres, dont huit ressortissants étrangers, de l’organisation humanitaire Shelter Now International (SNI), accusés de prêcher le christianisme. Le Comité international de la Croix-Rouge, qui avait proposé ses services pour rendre visite aux huit étrangers, aurait reçu une fin de non-recevoir, indique-t-on de source informée. Personne ne devrait avoir accès à eux tant que le tout-puissant ministère pour la Promotion de la vertu et la Lutte contre le vice n’aura pas fini son enquête. La conversion d’un musulman est passible de la peine de mort, selon un décret du mollah Omar. Le ministère pour la Promotion de la vertu et la Lutte contre le vice est considéré comme plus important que celui des Affaires étrangères auprès duquel plusieurs pays, dont les États-Unis, l’Allemagne et l’Australie auraient entrepris des démarches consulaires pour accéder à leurs ressortissants. Le vice-ministre pour la Promotion de la vertu et la Lutte contre le vice, le mollah Mohammad Salim Haqani, avait présenté mardi soir à la presse des textes et des films saisis auprès des employés de SNI, dont une vidéo présentant en langue dari – une langue locale – un passage de l’annonciation de l’archange Gabriel annonçant à la Vierge Marie qu’elle sera bientôt mère de Jésus. Quelques heures plus tard, quatre hommes étaient pendus devant des centaines de personnes, dont de nombreux miliciens taliban, en plein couvre-feu, «pour éviter qu’une foule trop nombreuse ne se rassemble», a précisé l’un des miliciens.
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