Comme aux Jeux de Sydney dix mois plus tôt, Eunice Barber a rangé ses affaires avant la fin de l’heptathlon des Mondiaux d’athlétisme d’Edmonton, se privant d’un deuxième titre de championne du monde qui lui tendait les bras. Elle aurait pu, elle aurait dû ! Épanouie et affûtée à son arrivée au Canada, sans véritable rivale après l’abandon la veille de la championne olympique britannique, Denise Lewis, et impressionnante sur les deux premières épreuves, Barber filait vers le titre qui, à lui seul, devait faire oublier le zéro pointé des Tricolores aux Jeux olympiques. L’entame du concours prêtait effectivement à un optimisme flagrant. Dès 9h00 du matin, l’ancienne Sierra-Léonaise établissait un record personnel au 100 m haies (12.78) et franchissait une hauteur de 1,88 m qui lui permettaient d’être sur les bases de son exploit de Séville en 1999, lorsqu’elle avait battu le record de France et empoché le titre mondial. Et puis ce fut le cauchemar au lancer du poids. Trois jets mordus et les espoirs dorés de la Française étaient anéantis dès la troisième sortie, puisqu’elle renonçait à poursuivre le concours. Virulence fédérale Assise sur son banc, la détentrice des meilleures performances annuelles depuis 1999 réalisait qu’elle avait gâché la chance de remporter une couronne mondiale pour un vilain péché d’orgueil, pour ne pas avoir été suffisamment humble en assurant un modeste lancer, dans une discipline qu’elle sait pourtant trop technique pour être son point fort. «Sur le dernier essai, j’ai voulu tenter le tout pour le tout. J’étais venue pour faire 7000 points. Et pour cela, j’étais suffisamment entraînée», expliquait, meurtrie, la jeune femme (26 ans) reconnaissant ainsi qu’elle avait privilégié le record d’Europe (7007 pts) sur la victoire et le titre mondial. Réagissant avec une virulence proportionnelle à l’attente qu’ils avaient placée dans leur vitrine du renouveau de l’athlétisme national, les responsables de la Fédération parlaient de «faute professionnelle» pour le président Bernard Amsalem ou «de B.A-BA» et «d’erreur commise» pour le directeur technique national, Robert Poirier. Les deux hommes se jetaient même sur l’occasion pour s’en prendre à l’exil américain que s’est offert Barber cet hiver en allant rejoindre Bob Kersee, le mari de Jackie Joyner-Kersee, la détentrice du record du monde de la spécialité. À Talence en septembre «Le premier enseignement est l’échec du départ aux États-Unis, avec le forfait de Christine Arron sur entraînée et Eunice Barber maintenant. Donc je me pose des questions», déclarait Bernard Amsalem, tandis que le DTN était heureux des «excuses de Kersee». L’entraîneur américain a en effet reconnu qu’il aurait dû lui demander d’assurer son deuxième essai après sa faute technique sur le premier. En dehors de la perte sèche et comptable sur ces Mondiaux, l’autre gâchis pourrait aussi être l’avenir de ce diamant de l’athlétisme bleu qui détient également le record de France de la longueur (7,01 m). D’un caractère entier et surtout pas malléable par des instances fédérales, Barber pourrait décider de claquer la porte de l’équipe de France, comme l’a fait avant elle une certaine Marie-José Pérec. «Mon désir est de partir au plus vite d’Edmonton et de rejoindre ma mère et ma sœur à Paris. Ici, je n’ai plus rien à faire», a-t-elle déclaré. La Rémoise a répondu aussi aux reproches de Bernard Amsalem. «Maintenant, je dois relever la tête. Faire zéro, cela peut arriver aux meilleurs athlètes de haut niveau : il faut savoir l’accepter même quand on est président de la Fédération française d’athlétisme», a-t-elle lâché avant de préciser qu’elle songeait être présente comme prévu à l’heptathlon de Talence, en Gironde (15 et 16 septembre).
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Comme aux Jeux de Sydney dix mois plus tôt, Eunice Barber a rangé ses affaires avant la fin de l’heptathlon des Mondiaux d’athlétisme d’Edmonton, se privant d’un deuxième titre de championne du monde qui lui tendait les bras. Elle aurait pu, elle aurait dû ! Épanouie et affûtée à son arrivée au Canada, sans véritable rivale après l’abandon la veille de la championne olympique britannique, Denise Lewis, et impressionnante sur les deux premières épreuves, Barber filait vers le titre qui, à lui seul, devait faire oublier le zéro pointé des Tricolores aux Jeux olympiques. L’entame du concours prêtait effectivement à un optimisme flagrant. Dès 9h00 du matin, l’ancienne Sierra-Léonaise établissait un record personnel au 100 m haies (12.78) et franchissait une hauteur de 1,88 m qui lui permettaient d’être...