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Actualités - Opinions

IMPRESSION - FEUX

Au commencement, le feu nous fut donné par les orages. La nature a sa logique : ils ont froid ? Tiens la foudre ! Elle vous balance le feu du ciel et le déluge en même temps, et l’homme en mit du temps à capter l’un en dépit de l’autre. C’était bien sûr avant le silex et le développement des techniques d’allumage volontaire. Alors, le feu de l’été, c’est un peu un acte de civilisation dans nos contrées, souvenir de l’âge des cavernes où l’on se relayait pour attiser un reste de braises par-delà le silence cosmique. Le feu de l’été est facile et gratuit. Purement jubilatoire. On ne lui demande pas de réchauffer, à peine d’éclairer, mais danse, flamme légère et fais briller les yeux des filles, loin du marbre morne des cheminées inutiles. Le feu de l’été, c’est dehors, pour se la jouer Robinson, réunir les clans autour d’un barbecue où chacun ramène sa tige à point du brasier ; c’est les hommes aux fourneaux qui distribuent la becquée à la ronde carnassière, c’est les patates qui s’épanouissent sous la cendre chaude et qu’on finit par oublier dans les brumes de l’arak. Et puis la nuit, à grands bruits. Des explosions douloureuses à la mémoire plus encore qu’à l’oreille. Un coup d’œil à la montre : minuit, bien sûr. Un coup d’œil à la terrasse : c’est bon. Ils commencent par la belle rouge, suivront, selon le manuel du parfait artificier, la belle bleue, la belle verte, les palmiers, les panachées, les cascades, les pétards mouillés et le baiser à la mariée. Feux d’artifice : encore feux de l’été. La joie infantile des uns fait la nuisance ronchonneuse des autres. Encore, pour les mariages, c’est circonscrit. Il y en aura, selon le budget, pour dix à trente minutes. Après, on peut aller se coucher. Mais pour Mar Élias sans qui on aurait eu la troisième fille, et tous les autres Mar, patrons des zigounettes, qu’est-ce qu’on ne ferait pas, dès potron-minet pour envoyer au ciel des gerbes de gratitude enflammée. Ça fait fuiiit et plop, une étincelle d’une couleur incertaine et ça retombe en fumée. Coup sur coup, ça peut durer des heures, jusqu’au moment bénit où l’on retourne les caisses. Comment, il n’y en a plus ? Une heure du matin, on entend encore un chapelet de crac-crac. C’était la salve d’honneur, le fond des munitions, les trucs qui ne comptaient pas. On n’aura pas su si le saint était content. Si ça se trouve, par-delà leur couche d’ozone, les saints ont posé un double vitrage. La paix ! Mais toi, dors content, petit Élias. Demain matin, au réveil, tu verras bien si la flambée fut belle : la montagne aura l’air d’un volcan, fumant encore des réjouissances de la veille ; il y aura dans le ciel une belle charge d’hélicos qui déverseront quelques tonnes d’eau de mer sur les buissons ardents. Il y aura, sur la voûte charbonneuse, une couche de cristal : du sel, et plus rien, mais vraiment plus rien à flamber avant longtemps.
Au commencement, le feu nous fut donné par les orages. La nature a sa logique : ils ont froid ? Tiens la foudre ! Elle vous balance le feu du ciel et le déluge en même temps, et l’homme en mit du temps à capter l’un en dépit de l’autre. C’était bien sûr avant le silex et le développement des techniques d’allumage volontaire. Alors, le feu de l’été, c’est un peu un acte de civilisation dans nos contrées, souvenir de l’âge des cavernes où l’on se relayait pour attiser un reste de braises par-delà le silence cosmique. Le feu de l’été est facile et gratuit. Purement jubilatoire. On ne lui demande pas de réchauffer, à peine d’éclairer, mais danse, flamme légère et fais briller les yeux des filles, loin du marbre morne des cheminées inutiles. Le feu de l’été, c’est dehors, pour se la jouer...