Le général croate Rahim Ademi a plaidé non coupable des chefs d’inculpation de crimes contre l’humanité et crimes de guerre retenus contre lui, lors de sa comparution initiale jeudi devant le Tribunal pénal international (TPI) pour l’ex-Yougoslavie à La Haye. «Je suis totalement non coupable», a indiqué à plusieurs reprises le général Ademi vêtu d’un simple costume sombre au juge portugais Almiro Rodriguez qui présidait cette audience. Rahim Ademi, qui s’est rendu volontairement au TPI mercredi, est le premier Croate à comparaître devant ce tribunal pour des crimes commis lors du conflit serbo-croate de 1991-1995. Il est accusé d’avoir commis ou aidé à commettre des persécutions, meurtres et destructions de biens à l’encontre de civils serbes lors de l’attaque de la poche de Medak, dans la région de Gospic (centre-ouest de la Croatie), par les forces croates en septembre 1993. À l’époque des faits, Rahim Ademi était commandant du district militaire de Gospic et il a, à ce titre, mené l’opération des forces croates contre les insurgés serbes de la République serbe autoproclamée de Krajina dans la poche de Medak, indique son acte d’accusation. Rahim Ademi, né au Kosovo en 1954, est accusé d’être responsable du «meurtre illégal de civils serbes et de soldats blessés, de traitements cruels et inhumains et d’actes destinés à terroriser la population à dominante serbe de la poche de Medak en forçant les civils à abandonner leurs maisons et à quitter cette région définitivement», indique ce document. Au moins 38 civils serbes ont été tués lors de cette opération, selon le bureau du procureur. La demande d’inculpation et de transfèrement à La Haye du général Ademi avait provoqué en Croatie une profonde crise politique, depuis que le gouvernement croate avait été saisi à la mi-juin par le TPI de deux actes d’inculpation avec demande d’arrestation concernant deux généraux croates. Le gouvernement d’Ivica Racan avait finalement décidé le 7 juillet, après un débat houleux et la démission de plusieurs ministres, de collaborer avec le TPI. Rahim Ademi avait annoncé son intention de se rendre volontairement au TPI. En revanche, le second inculpé, le général en retraite Ante Gotovina, a décidé d’entrer dans la clandestinité pour ne pas à avoir à répondre devant une juridiction qu’il qualifie de «politique». Il est accusé de crimes contre l’humanité et crimes de guerre pour des persécutions et exécutions de civils serbes dans la région de Knin (Krajina, frontière avec la Bosnie), précise son acte d’accusation rendu public pour la première fois jeudi. Ces exactions, qui ont coûté la vie à au moins 150 Serbes, ont été commises lors de l’offensive militaire «Tempête» lancée par les forces croates pour reconquérir la région de la Krajina en 1995. Ante Gotovina menait cette opération, selon ce document. Dans une déclaration écrite, le procureur du TPI Carla Del Ponte a indiqué être «consciente du débat houleux suscité en Croatie par le rôle du tribunal en relation à la “guerre patriotique”, le nom donné aux conflits armés en Croatie». «Il est important de se rappeler que, même dans un conflit légitime, un individu peut commettre des violations du droit humanitaire», rappelle cependant Mme Del Ponte.
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