Megawati Soekarnoputri, 54 ans, qui a succédé lundi au président Abdurrahman Wahid, destitué par le Parlement, est une personnalité très populaire, mais qui n’a pas encore démontré qu’elle avait les capacités à gérer son pays. C’est une belle revanche pour cette femme de 54 ans qui, en 1999, a vu la présidence lui échapper au profit de M. Wahid. Elle avait alors éclaté en sanglots, en constatant que le Parlement du plus grand pays musulman du monde ne voulait pas d’une femme à la présidence, malgré la nette victoire électorale de son parti, le PDI-P. Les mêmes partis musulmans qui l’ont boudée il y a deux ans l’ont aujourd’hui triomphalement portée à la tête de l’État. Près de 90 % des 210 millions d’Indonésiens sont musulmans. «Mega», comme la surnomment ses partisans, adulée par les jeunes des quartiers pauvres, respectée par la classe moyenne, a bâti sa popularité sur sa filiation avec le président Soekarno, le fondateur de l’Indonésie moderne (dont elle est la fille aînée), et son engagement contre le régime de l’ex-président Suharto. Megawati Soekarnoputri (ce qui signifie «fille de Soekarno») est considérée par de nombreux intellectuels réformistes comme une personnalité conservatrice, sans relief, ayant tout misé sur l’aura paternelle. Ses détracteurs mettent en cause son maigre bilan en tant que vice-présidente et ses silences sur de nombreux dossiers ces derniers mois. Elle a néanmoins toujours maintenu de bonnes relations avec les militaires, ce qui lui servira dans un pays en proie aux violences séparatistes et religieuses, en clamant notamment son amour pour l’unité du pays. Méfiance des séparatistes «Le pays a gagné son indépendance sous la présidence de mon père qui portait haut alors le drapeau de l’unité nationale et jamais je ne tolérerai que cela change», avait-elle coutume d’expliquer dans ses rares discours. En revanche, son nationalisme et ses liens avec les militaires lui valent l’inimitié ou à tout le moins la méfiance des mouvements séparatistes qui d’Aceh (nord-ouest) à l’Irian Jaya (est) luttent pour l’indépendance. Mme Megawati dirige le Parti démocratique indonésien de lutte (PDI-P), une formation qui avait remporté haut la main (34,7 % des voix) les élections législatives de 1999. Elle avait d’abord pris la tête du Parti démocratique indonésien (PDI) en 1993, subissant aussitôt les attaques de l’ex-président Suharto (32 ans au pouvoir jusqu’en mai 1998). Les manœuvres de Suharto étaient parvenues à la faire chuter en 1996. Démise de ses fonctions de chef du PDI, Mme Megawati n’en est devenue que plus populaire, tout en s’éloignant des élites du pays. Après la chute de Suharto (1998), Mme Megawati et ses partisans se sont dissociés du PDI pour former leur propre parti, le PDI-P. Née le 23 janvier 1947, de l’union du président Soekarno avec sa seconde épouse Fatlawaty, la vice-présidente a suivi des études de psychologie et d’agriculture. Aucun diplôme n’est venu sanctionner son cursus universitaire, mais c’est dans le militantisme politique sur les campus qu’elle a forgé sa connaissance et son goût pour le pouvoir. Mère de trois enfants, Mme Megawati a épousé en troisièmes noces un homme d’affaires, Taufik Kiemas, un ancien parlementaire, qui a aujourd’hui maille à partir avec la justice.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Megawati Soekarnoputri, 54 ans, qui a succédé lundi au président Abdurrahman Wahid, destitué par le Parlement, est une personnalité très populaire, mais qui n’a pas encore démontré qu’elle avait les capacités à gérer son pays. C’est une belle revanche pour cette femme de 54 ans qui, en 1999, a vu la présidence lui échapper au profit de M. Wahid. Elle avait alors éclaté en sanglots, en constatant que le Parlement du plus grand pays musulman du monde ne voulait pas d’une femme à la présidence, malgré la nette victoire électorale de son parti, le PDI-P. Les mêmes partis musulmans qui l’ont boudée il y a deux ans l’ont aujourd’hui triomphalement portée à la tête de l’État. Près de 90 % des 210 millions d’Indonésiens sont musulmans. «Mega», comme la surnomment ses partisans, adulée par les...