Le nouveau PDG de CNN, Walter Isaacson, hérite d’une chaîne affaiblie par une concurrence croissante et inquiète pour son avenir éditorial au sein d’un groupe, AOL Time Warner focalisé sur des objectifs financiers. Fox News, la chaîne concurrente de Rupert Murdoch, revendique haut et fort depuis le début 2001 la place de numéro un de l’information télévisée aux États-Unis, de quoi traumatiser une équipe à la puissance incontestée jusqu’à peu. «Fox News bat tous les réseaux câblés d’information en prime time pour le second trimestre consécutif», a triomphé la chaîne dans un communiqué début juillet. Sur la période avril-juin 2001, la chaîne de Rupert Murdoch, basée à New York, a enregistré un taux d’audience de 0,7 point en prime time (20h-23h) avec 436 000 foyers, contre 0,6 point à CNN, selon les mesures de l’agence Nielsen Media Research. CNN rétorque qu’il reste le leader en nombre absolu de spectateurs, avec une moyenne de 270 000 foyers américains sur 24 heures contre 231 000 à Fox News et 170 000 à MSNBC, la troisième chaîne américaine d’informations. Cette situation tient aussi au fait que CNN est disponible dans un plus grand nombre de foyers américains (82 millions) que Fox News (67 millions), soulignent les observateurs. Hors des États-Unis, CNN International conserve certes une position privilégiée. À Atlanta (sud), siège de la chaîne, les journalistes s’interrogent toutefois sur le succès d’une chaîne, Fox News, créée en 1996 seulement – quand CNN existe depuis 1980 – au format réputé conservateur et simpliste. «Premièrement, nous offrons une alternative, les gens ont désormais le choix. Deuxièmement, nous sommes un peu plus branchés, un peu plus jeunes», rétorque le porte-parole de Fox News, Robert Zimmerman. Cette pression croissante a poussé CNN/US à changer sa grille de programmes en début d’année pour proposer plus de talk-shows en début de soirée, à l’image de ses concurrents, et de moins de magazines d’informations. La rédaction, peu enthousiaste devant ces changements, conteste aussi la place croissante faite à des informations de moindre importance, mais plus susceptible d’intéresser l’homme de la rue, comme l’incendie d’un foyer pour animaux en janvier. En pleine crise de confiance, sinon d’identité, le mariage entre Time Warner, qui détenait CNN, et le numéro un mondial des services internet AOL, officialisé en janvier 2001, n’a rien arrangé. Quelques jours seulement après la fusion, la nouvelle équipe supprimait 400 emplois chez CNN, soit environ un emploi sur 10. Le fondateur de CNN, Ted Turner, perçu comme le meilleur garant des intérêts de la chaîne, a aussi été évincé au profit d’un homme d’AOL, le directeur général Robert Pittman. Il n’est plus que vice-président du conseil d’administration d’AOL Time Warner, «un titre que vous donnez généralement à quelqu’un dont vous ne savez pas quoi faire», a-t-il confié d’un ton rageur au magazine New Yorker. Depuis, Ted Turner critique en coulisses les objectifs financiers arbitraires, selon lui, qui ont été imposés à la chaîne au nom de l’intérêt des actionnaires. «Je n’ai jamais dirigé une compagnie par les chiffres», dit-il, se faisant ainsi l’écho des journalistes qui redoutent qu’AOL, en prenant le pouvoir chez Time Warner, n’impose des objectifs financiers et commerciaux incompatibles avec l’intérêt de la chaîne. Pour mieux rassurer la rédaction, AOL Time Warner a choisi comme nouveau PDG de CNN un journaliste très respecté, Walter Isaacson, qui a dirigé la rédaction de l’hebdomadaire Time de 1995 à 2000. «Je suis, dans le coeur, un journaliste et l’ai toujours été. Le journalisme est aussi au cœur de CNN et AOL Time Warner», a-t-il aussitôt entonné, soulignant, s’il le fallait, les défis et les interrogations qui l’attendent.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le nouveau PDG de CNN, Walter Isaacson, hérite d’une chaîne affaiblie par une concurrence croissante et inquiète pour son avenir éditorial au sein d’un groupe, AOL Time Warner focalisé sur des objectifs financiers. Fox News, la chaîne concurrente de Rupert Murdoch, revendique haut et fort depuis le début 2001 la place de numéro un de l’information télévisée aux États-Unis, de quoi traumatiser une équipe à la puissance incontestée jusqu’à peu. «Fox News bat tous les réseaux câblés d’information en prime time pour le second trimestre consécutif», a triomphé la chaîne dans un communiqué début juillet. Sur la période avril-juin 2001, la chaîne de Rupert Murdoch, basée à New York, a enregistré un taux d’audience de 0,7 point en prime time (20h-23h) avec 436 000 foyers, contre 0,6 point à CNN, selon...