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Actualités - Analyses

Plaidoyer pour un dialogue interlibanais

Gouverner, c’est prévoir. Aussi, un ancien ambassadeur libanais s’inquiète d’entendre les dirigeants affirmer à tout bout de champ, en se fiant aux assurances US, qu’il n’y aura pas la guerre. Le diplomate se demande avec inquiétude si les responsables voient plus loin que le bout de leur nez. Et s’ils réalisent que même sans une confrontation régionale généralisée, l’escalade militaire israélienne dans les Territoires risque de provoquer un nouvel exode massif de la population palestinienne. En direction, encore une fois, des territoires les plus proches ou les moins étanches, la Jordanie et le Liban. Mais, en tout cas, que pourrait-on y faire ? «Adopter d’urgence un plan à deux étages, répond cette personnalité. D’abord tenter par des contacts diplomatiques intensifiés de réduire l’afflux potentiel. Ensuite, et surtout, assainir, unifier, renforcer la scène locale. Afin que le Liban cesse d’être une soupape de sécurité commode, une lice où tous les protagonistes régionaux et internationaux règlent leurs comptes à nos dépens». Le conseil est bon. Mais c’est peut-être déjà trop tard, quand on recense les mille et un déchirements intérieurs, notamment à propos de Chebaa. Cependant, le vétéran insiste : «Il serait suicidaire, dit-il, que nous ne tirions aucune leçon du passé. Le Liban a failli disparaître parce que ses fils, dirigeants en tête, s’étaient scindés en deux camps hostiles au sujet de la présence armée palestinienne. Qui, sous prétexte d’opérations contre Israël à partir du Sud, a fini par constituer chez nous un État dans l’État. Il y a eu alors la guerre dite des deux ans, suivie d’un interminable chapelet de guerres variées. Sous le regard indifférent des Arabes. Le calvaire a duré quinze ans et nous en payons toujours le prix, avec peu d’espoir de retrouver notre prospérité d’antan. Il ne faut jamais l’oublier : il n’y a d’immunité que dans l’union nationale». Se cantonnant dans le sujet traité, c’est-à-dire le risque d’implantation, l’ancien diplomate estime qu’il faut dès à présent «engager, en vue d’un solide consensus interlibanais, un dialogue actif autour des questions suivantes : – Peut-on permettre aux réfugiés palestiniens de porter les armes et de s’en servir, comme par le passé, sous prétexte de soutenir leurs compatriotes qui se battent à Gaza, en Cisjordanie ou à l’intérieur d’Israël ? Peut-on, en d’autres termes, les autoriser à reprendre leurs opérations à partir du territoire libanais ? Qui en subirait derechef le contrecoup, verrait son infrastructure détruite et pourrait être de nouveau envahi par les Israéliens. Sans compter que les Libanais se retrouveraient divisés, au point de se dresser les uns contre les autres dans de nouveaux affrontements sanglants. – Un peu dans le même esprit, et le même contexte, il faut s’entendre sur le rôle du Hezbollah. Peut-il se livrer aux actions interdites aux réfugiés palestiniens ? C’est-à-dire aider l’intifada par des opérations qu’il mènerait à partir du Sud ? Il est nécessaire que les Libanais s’entendent bien sur cette question, qui ne devrait provoquer aucune fracture mettant en danger la paix civile. D’autant qu’au-delà de la défense de la cause palestinienne, il y a pour le Liban une priorité : empêcher l’implantation. Qui deviendrait un fait accompli irréversible, en cas de nouvel exode palestinien. C’est là, pour ce pays, un impératif majeur qui justifie même un refus de signer la paix tant que le droit de retour des réfugiés palestiniens dans leur pays n’est pas garanti. – Enfin, une interrogation majeure : quelle va être l’attitude de la Syrie ? Interviendrait-elle pour prémunir la scène locale de toute déstabilisation, en empêchant tout débordement palestinien ? Ou voudrait-elle, au contraire, soutenir l’intifada en permettant aux Palestiniens d’agir à partir du Liban, tandis que son propre front ainsi que celui de la Jordanie resteraient calmes ?». En bonne logique, il est peu probable que la Syrie rouvre les portes des camps de réfugiés palestiniens au Liban pour les lâcher contre Israël. Car d’une part, elle en serait rendue responsable, comme elle l’est déjà pour ce qui est du Hezbollah. Et, d’autre part, ce serait un service rendu à Arafat. Mais on ne sait jamais. Et force est de constater qu’en tout cas, la décision n’est pas aux mains du Liban. Peut-être parce qu’il n’est pas assez uni, comme l’observe, avec inquiétude, l’ancien ambassadeur cité.
Gouverner, c’est prévoir. Aussi, un ancien ambassadeur libanais s’inquiète d’entendre les dirigeants affirmer à tout bout de champ, en se fiant aux assurances US, qu’il n’y aura pas la guerre. Le diplomate se demande avec inquiétude si les responsables voient plus loin que le bout de leur nez. Et s’ils réalisent que même sans une confrontation régionale généralisée, l’escalade militaire israélienne dans les Territoires risque de provoquer un nouvel exode massif de la population palestinienne. En direction, encore une fois, des territoires les plus proches ou les moins étanches, la Jordanie et le Liban. Mais, en tout cas, que pourrait-on y faire ? «Adopter d’urgence un plan à deux étages, répond cette personnalité. D’abord tenter par des contacts diplomatiques intensifiés de réduire l’afflux...