Un an après le sommet de Camp David, Israéliens et Palestiniens, qui n’avaient jamais semblé aussi proches de conclure un accord de paix, s’affrontent dans une guerre qui ne dit pas son nom. Les ponts sont rompus et les deux peuples sont pris dans la tourmente de l’intifada qui a commencé deux mois après l’échec du sommet, sans espoir d’accord politique dans un avenir proche. Mais à Camp David, pour la première fois, Israéliens et Palestiniens ont tenté de régler les problèmes de fond : Jérusalem, les frontières du futur État palestinien, le sort des colonies juives, la question des réfugiés palestiniens. Le sommet a commencé le 11 juillet. Au bout de deux semaines, il s’est achevé sans accord, sans même un communiqué commun, chacun s’en rejetant la faute. «Le fond de l’affaire c’est que Yasser Arafat n’était pas mûr pour la paix, alors que nous avions accepté la proposition du président (américain) Bill Clinton d’un retrait compris entre 94 et 96 % de la Cisjordanie», a affirmé Danny Yatom, ancien conseiller pour la sécurité du Premier ministre israélien de l’époque Ehud Barak. «Nous avons fait l’impossible pour aboutir. D’ailleurs Camp David n’est pas un échec, puisqu’on a pu avancer sérieusement par la suite», répond l’un des négociateurs palestiniens, le ministre des Collectivités locales, Saëb Erakat, en référence aux pourparler de Taba (Égypte) en janvier 2000. Selon M. Erakat, c’est à Camp David qu’ont été jetées les bases d’un accord permanent et «seul le temps a manqué pour aboutir». L’enjeu était formidable : jusqu’alors les seuls accords conclus portaient sur la mise en place d’un régime d’autonomie provisoire. Mais les risques d’échec étaient considérables. Bill Clinton, qui rêvait d’achever en beauté son second mandat par la paix au Proche-Orient, avait averti les deux camps qu’ils devaient saisir l’occasion sinon «davantage de sang et de larmes coulerait». Or M. Barak s’est retrouvé affaibli par la défection de ses alliés de droite avant le sommet. Il a misé sur une offensive diplomatique au pas de charge sous forme d’un accord conclu grâce à l’appui effectif des États-Unis. Côté palestinien, le président Arafat a craint qu’on ne lui force la main. Mais il n’a pu dire non à une invitation lancée par Washington de participer au sommet. Il était prêt à des concessions à condition de ne pas céder sur l’essentiel : la création d’un État palestinien indépendant avec Jérusalem-Est pour capitale et la reconnaissance du droit de retour des réfugiés palestiniens de 1948, quitte à négocier les modalités de son application. M. Arafat a dû lui aussi tenir compte de son opinion publique, qui ne voyait toujours pas les dividendes de paix et qu’exaspérait la colonisation intensive menée par Israël, dans les sept années qui ont suivi les accords d’Oslo, en 1993. MM. Barak et Arafat n’avaient en outre aucune confiance l’un en l’autre, au point que M. Barak refusera de s’entretrenir en tête à tête avec le président palestinien. En fin de compte, M. Barak n’aura pas fait assez de concessions aux yeux des Palestiniens pour aboutir à un accord. Aux yeux d’une majorité d’Israéliens, il en aura fait trop et ils auront du mal à admettre que M. Barak, qui s’était engagé avant le sommet à ce que Jérusalem reste «capitale indivisible d’Israël», ait accepté à Camp David un partage de facto de la Ville sainte. «Le problème c’est qu’on a mis la charrue avant les bœufs. Le sommet devait être le point final d’un accord négocié bien avant», affirme un dirigeant travailliste israélien, l’ancien ministre de la Justice Yossi Beilin. Selon lui, même l’épineuse question de la souveraineté sur l’esplanade des Mosquées, le mont du Temple pour les juifs, pouvait être réglée. Camp David ne serait ainsi que partie remise. Mais le Premier ministre israélien Ariel Sharon ne partage pas ce point de vue. «Jamais un chef de gouvernement israélien n’a fait autant de concessions qu’Ehud Barak à Camp David et plus aucun autre – moi en premier – n’acceptera de faire de telles concessions», a t-il assuré.
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