Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinions

IMPRESSIONS - Vider les pleines

Dans La vie devant soi, Emile Ajar disait à peu près ceci de Madame Rosa : Qu’elle était grosse parce qu’étant seule, elle avait un peu plus besoin d’elle-même que les autres. Mais voilà l’été avec sa kyrielle de pubs minceur qui font les choux gras des afficheurs. Seule ou pas, au moule, Madame Rosa ! Blanc de poulet et feuille de laitue ( pour l’alternative steak, avec son côté roulette russe, c’est selon que l’on veuille disparaître totalement ou juste sur les bords). Pour le reste, puise dans ta réserve. Celle des jours «sans» où tu te bardes en attendant quoi ? Au début des années 90, le Parlement européen consacrait des sessions entières au calibrage des fraises. Les Japonais viennent de lancer la pastèque cubique – cinquante ans de recherches pour se faire empiler avec économie d’espace. Car les coulisses de ce siècle sont hantées par les éditeurs de normes. Non conformes, s’abstenir de tout. J’aimais l’une des premières affiches de Virgin où un ange obèse emplissait l’espace des accents de sa lyre. Depuis, on a serré les sièges dans les avions. Les anges obèses n’ont plus le droit de voler. Encore moins de nager, de présenter leur postérieur au soleil – même le petit chien arracheur de culottes n’en voudrait pas –, encore moins d’avoir un sexe. Les gros sont définitivement des anges. Tendres et doux comme des anges. Rieurs et généreux comme des anges. Confortables et moelleux comme le nuage qui va avec. Rassurants et protecteurs comme le Bibendum. Mais non. Avant, les gros faisaient envie. Maintenant on les plaint. Alors on les vide. Les filles, elles veulent ressembler à Lara Croft – en humaines. Comment ressembler à une vue de l’esprit tortueux des faiseurs de mode qui, j’excepte Yves Saint-Laurent, sont connus pour leur haine des femmes ? Comment accepter de se soumettre à ces effaceurs d’attributs ? Et que je te gomme, et que je t’aspire pour mieux te dégommer. L’Origine du Monde avait des hanches. Son pouvoir de séduction parlait directement à l’instinct de procréation. Mais voilà, dans les pays «normalisés» la procréation s’étiole à mesure que rétrécissent les bassins. Inhospitalière, l’Ève nouvelle. Et puis seule, avec de moins en moins d’elle-même pour se soutenir. Surtout au Liban où celles qui ont coiffé la sainte Catherine après 1995 s’éveillent tout à coup à une société sans hommes. Pfuit ! Tous partis. Études, emplois, s’ils reviennent, ça nous repousse le prochain baby-boom, au mieux aux environs de 2015. Ça laisse tout de même quelques tablettes de chocolat d’avance pour s’entretenir les phéromones en attendant les jours fastes. D’ici là, ils auront sans doute compris la vraie valeur du loukoum !
Dans La vie devant soi, Emile Ajar disait à peu près ceci de Madame Rosa : Qu’elle était grosse parce qu’étant seule, elle avait un peu plus besoin d’elle-même que les autres. Mais voilà l’été avec sa kyrielle de pubs minceur qui font les choux gras des afficheurs. Seule ou pas, au moule, Madame Rosa ! Blanc de poulet et feuille de laitue ( pour l’alternative steak, avec son côté roulette russe, c’est selon que l’on veuille disparaître totalement ou juste sur les bords). Pour le reste, puise dans ta réserve. Celle des jours «sans» où tu te bardes en attendant quoi ? Au début des années 90, le Parlement européen consacrait des sessions entières au calibrage des fraises. Les Japonais viennent de lancer la pastèque cubique – cinquante ans de recherches pour se faire empiler avec économie d’espace. Car...