Les bouteilles, c’est bien connu, ont la particularité d’être toujours à moitié vides. Et vous, comment ça va ? Souvent, cela s’en va. Jamais tout à fait bien . Pour se consoler, on veut bien croire que la plénitude est d’un monde meilleur. Celui là même dont personne ne veut vraiment. Du moins pas tout de suite. Ça a beau être âpre, astringent, franchement mauvais parfois, mais la vie, monsieur Fingers, un p’tit peu plus long, s’il vous plaît, on ne sait jamais, quand elle se pique d’être douce, il n’y a rien de meilleur. Ce propos n’est surtout pas philosophique. Tant de grands esprits se sont assis au bord de la rivière Piedra, tant de penseurs se sont penchés sur la partie apparemment pleine de la sacrée bouteille pour en analyser le contenu, nous administrer des ordonnances compliquées. Si ça marchait comme ça, on serait tous heureux… Mais voilà, personne ne l’est vraiment. Par-dessus tout, les hommes sont ainsi faits qu’ils ne sont jamais égaux dans le malheur ; mais le bonheur est paraît-il la chose la mieux partagée puisqu’elle n’est pas un cadeau, mais un point de vue. Un chroniqueur, infirmier pendant la Première Guerre mondiale, raconte que dans la fournée de soldats mutilés qui lui furent confiés, il y en avait un à peine pubère littéralement réduit à l’état de tronc : il avait perdu les quatre membres. À lui seul dans l’obscurité du dortoir de fortune où les bouts rougissants des cigarettes trahissaient des présences humaines en plein naufrage, il remontait le moral des compagnons d’infortune, racontait des histoires drôles, décuplait le peu de vie qu’il restait encore en chacun. Jusqu’au jour où… Mystère de ce qui peut faire flancher les âmes les plus trempées. Il demanda un miroir et se découvrit un bouton sur le bout du nez. Un de ces boutons juvéniles qui agacent tant les adolescents. Pendant une semaine, ce jeune héros observa la progression de son bouton. Il n’avait plus envie de rire, plus envie de manger. Tout son être se cristallisait dans ce bouton, tout son chagrin se tuméfiait avec lui. Et bien sûr, le bouton l’emporta. L’histoire ne dit pas ce que le médecin légiste a écrit dans son constat, ce jour-là. «Arrêt du cœur», sans doute. C’est toujours ce qu’ils finissent par écrire, un peu gênés par cette consternante lapalissade. Mais «Mort d’un bouton d’acné», ce n’est pas sérieux. Cette petite fable pour vous inviter, ami lecteur qui perdez le cap dans notre beau voilier sans voiles, à fixer ce point d’horizon qui amène les vents libérateurs. Que votre quille éclate ! et la bouteille, vous la viderez cul sec, et vous en redemanderez.
Les bouteilles, c’est bien connu, ont la particularité d’être toujours à moitié vides. Et vous, comment ça va ? Souvent, cela s’en va. Jamais tout à fait bien . Pour se consoler, on veut bien croire que la plénitude est d’un monde meilleur. Celui là même dont personne ne veut vraiment. Du moins pas tout de suite. Ça a beau être âpre, astringent, franchement mauvais parfois, mais la vie, monsieur Fingers, un p’tit peu plus long, s’il vous plaît, on ne sait jamais, quand elle se pique d’être douce, il n’y a rien de meilleur. Ce propos n’est surtout pas philosophique. Tant de grands esprits se sont assis au bord de la rivière Piedra, tant de penseurs se sont penchés sur la partie apparemment pleine de la sacrée bouteille pour en analyser le contenu, nous administrer des ordonnances compliquées. Si ça...
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