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Actualités - Chronologies

HISTOIRE - Touristes de la mémoire

La ville d’Arras (nord de la France) se prépare à consacrer un mémorial, à vingt mètres sous son sol, aux quelque 24 000 soldats britanniques – dont quelques centaines de Néo-Zélandais, pas encore indépendants à l’époque – qui se sont dissimulés six mois dans un réseau de souterrains en attendant l’assaut, lors de la Première Guerre mondiale. Le choix de la municipalité, indique Jean-Marie Prestaux, directeur de l’office du tourisme, s’est porté sur la carrière dite Wellington, baptisée par le corps des tunneliers néo-zélandais qui ont relié entre eux des «boves» (souterrains) dont le percement a été entrepris à l’époque gallo-romaine. Elle étend sur un hectare sa voûte supportée par des piliers sculptés dans la craie. Les souterrains d’Arras proposent déjà un circuit équipé et sécurisé, des visites guidées en plusieurs langues et un spectacle, Prisonniers des Boves, présenté deux fois par semaine dans les galeries. Le nouvel accès inauguré en 2003, un ascenseur panoramique, rejoindra un circuit de 320 mètres montrant tous les aspects de la vie des corps de troupes britanniques cantonnés dans l’obscurité des «boves». Au-delà des secteurs aménagés proposés aux «touristes de la mémoire», qui viennent aujourd’hui sur les traces de leurs arrière-grands-pères, l’univers fascinant et angoissant des «boves» conserve sans doute encore l’essentiel de ses témoignages. En effet, quelque 30 kilomètres de galeries sont connus des archéologues, mais ces derniers estiment qu’il en existe peut-être le double dont l’entrée a été perdue parce qu’elles ont longtemps été classées secret militaire. Deux cartes d’une étrange géographie souterraine voisinent dans le sous-sol : le secteur anglais dont les carrières vont de «Chester» à «London» et de «Glasgow» à «Alderney» et le secteur «kiwi», de Russel à Dunedin en passant bien sûr par Wellington et Auckland. «Les centaines de tunneliers néo-zélandais n’avaient pas seulement été choisis à cause de leur expérience de pionniers et de mineurs, mais parce que cette guerre était si meurtrière que le commandement a craint de faire disparaître toute une génération de ce pays neuf en l’envoyant en première ligne», indique Laurence Mortier, guide-conférencière du patrimoine culturel et historique d’Arras. Tandis qu’en surface, la ville désertée avait été ravagée par trois années de bombardements, tunneliers et combattants ont aménagé leur refuge à partir d’octobre 1916. Cuisines, arsenaux, sanitaires et même un hôpital de 700 places, dernière trouvaille des archéologues, ont été édifiés. Sur les parois, les troglodytes en uniforme ont laissé des panneaux d’orientation, un message en maori et quelques visages de femmes. Les dix derniers kilomètres, creusés en direction de l’est, avaient une destination tout à fait particulière. Le 9 avril 1917, surgissant de terre devant les premières lignes allemandes, les régiments anglais ont surpris et repoussé l’ennemi de 10 kilomètres, faisant 20 000 prisonniers. Le calvaire d’Arras avait pris fin.
La ville d’Arras (nord de la France) se prépare à consacrer un mémorial, à vingt mètres sous son sol, aux quelque 24 000 soldats britanniques – dont quelques centaines de Néo-Zélandais, pas encore indépendants à l’époque – qui se sont dissimulés six mois dans un réseau de souterrains en attendant l’assaut, lors de la Première Guerre mondiale. Le choix de la municipalité, indique Jean-Marie Prestaux, directeur de l’office du tourisme, s’est porté sur la carrière dite Wellington, baptisée par le corps des tunneliers néo-zélandais qui ont relié entre eux des «boves» (souterrains) dont le percement a été entrepris à l’époque gallo-romaine. Elle étend sur un hectare sa voûte supportée par des piliers sculptés dans la craie. Les souterrains d’Arras proposent déjà un circuit équipé et...