La big teuf universelle, voilà une belle invention française ! Grâce à la fête de la musique, Jack Lang, ministre de la Culture des années Mitterrand, entrera dans l’Histoire par la porte «artistes», une coupe de champagne à la main, tel que représenté par les Guignols de l’époque. Créée au départ pour «impliquer les citoyens» dans la politique culturelle de la France, la fête de la musique a sorti de l’ombre un formidable réservoir de talents tout à coup médiatisés. Elle n’est pas sans rapport avec le coup de soleil infligé par les immigrés nord-africains au paysage musical de l’hexagone. Elle n’est pas sans rapport avec le vent de gaîté qui flotte sur Paris depuis bientôt vingt ans, mêlant des atomes de bonheur aux particules de dioxyde. Longtemps les empereurs romains – païens et chrétiens – ont maintenu leurs peuples dans la torpeur politique du «panem et circences». Personne ne s’en plaignit jusqu’au jour où l’argent manqua. Alors le cirque montra son profil le plus immoral et une ombre de méfiance et de soufre plana sur les réjouissances collectives. Le calendrier judéo-chrétien ne retint de ces fêtes quotidiennes que quelques dates éparses mais humainement nécessaires en vertu du principe de décompression. Deux millénaires et quelques siècles plus tard, la France laïque invente la fête laïque. La musique. Langage universel, religion universelle, culte planétaire où même les mots sont indifférents aux langues. Beyrouth, d’abord timide, a fini par emboîter le pas des villes festives. À sa septième édition, la fête de la musique a trouvé chez nous l’un de ses plus beaux théâtres. Riche de son village francophone, Beyrouth s’est révélée jeudi village planétaire. Tant de langues, tant de cultures, tant de religions, tant de brassages porteurs de tant de conflits mais en même temps un tel bonheur pour chacun de vibrer avec l’autre et d’afficher en paix sa différence. Malgré sa fâcheuse tendance à se dénigrer et à mépriser ses compatriotes, le peuple libanais est finalement épatant, courageux, généreux, amical, affectueux, intelligent et plein d’humour par-delà les crises. Il faut le clamer, il faut le croire. Partez, les jeunes, il ne fait pas encore bon pour vous ici. Mais revenez. Il suffit parfois d’une teuf pour le comprendre : on ne quitte pas un pays qui aspire à ce point au bonheur.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La big teuf universelle, voilà une belle invention française ! Grâce à la fête de la musique, Jack Lang, ministre de la Culture des années Mitterrand, entrera dans l’Histoire par la porte «artistes», une coupe de champagne à la main, tel que représenté par les Guignols de l’époque. Créée au départ pour «impliquer les citoyens» dans la politique culturelle de la France, la fête de la musique a sorti de l’ombre un formidable réservoir de talents tout à coup médiatisés. Elle n’est pas sans rapport avec le coup de soleil infligé par les immigrés nord-africains au paysage musical de l’hexagone. Elle n’est pas sans rapport avec le vent de gaîté qui flotte sur Paris depuis bientôt vingt ans, mêlant des atomes de bonheur aux particules de dioxyde. Longtemps les empereurs romains – païens et chrétiens...