Soixante enfants bénéficient actuellement du service de remise à niveau ou de rattrapage scolaire de l’Afel. L’association a été la première au Liban à mettre en place ce genre d’aide aux enfants en difficulté, qui sont retirés des écoles normales pour suivre des cours à leur rythme. 40 % d’entre eux réintégreront le système scolaire classique. Les autres seront orientés vers différents domaines. À Bourj-Hammoud, au quatrième étage du centre Saint-Vincent, une école spéciale fonctionne. Des enfants qui ont fait face dans le passé à des difficultés d’apprentissage suivent des cours spéciaux. Ils ne sont pas plus de 9 par classe. Les éducatrices suivent le rythme de chacun. Une bonne partie des enfants présents souffrent d’un léger retard mental. Quelques-uns présentent des handicaps physiques (troubles de l’ouïe, de la vue…). Et une bonne majorité fait face à des difficultés familiales, les empêchant de suivre une bonne scolarité. «Ici, chaque élève bénéficie d’un programme scolaire personnalisé qui mise sur l’épanouissement de l’enfant et son implication dans l’apprentissage», note Zeina Hobeiche, coordinatrice pédagogique à l’Afel. C’est grâce à cette école qui suit le rythme de chacun et qui reçoit des élèves âgés de 5 à 14 ans, que beaucoup d’enfants ont pu réintégrer le système scolaire. Certains d’entre eux viennent tous les matins de la banlieue sud ou de Dbayé pour suivre les cours, mais la plupart habitent la zone de Nabaa Bourj-Hammoud. Tous les jours, à huit heures, un rituel : le petit-déjeuner est assuré par l’école. «Ainsi on est sûr que chaque enfant a eu droit à manger le matin», indique Marie-Madeleine Yazbeck, responsable du rattrapage scolaire. La pauvreté frappe de plus en plus les familles, et un certain nombre d’enfants arrivent au centre de Bourj-Hammoud avec un seul genre de sandwich : du pain arabe enroulé sur lui-même. Les tout petits n’ont même plus droit à du fromage, de la confiture, voire un simple légume pour garnir leur sandwich. Malgré tous les malheurs qu’ils subissent au quotidien, les enfants ont l’air heureux dans cette petite école. Les salles de classe sont décorées de lutins, de fleurs en papier crépon ou encore de photos, de savanes et de fermes miniature. Dans cet établissement scolaire particulier et grâce au soutien de l’Afel ainsi qu’aux activités proposées, les enfants font d’énormes progrès. « C’est bien meilleur que les autres écoles », disent les intéressés Ici on s’occupe d’eux individuellement et l’on prend en charge leur famille. Une équipe formée de spécialistes, notamment un psychologue, un orthophoniste, deux psychomotriciens et deux assistantes sociales. L’Afel, rappelons-le, intervient auprès de l’enfant et de son milieu. Et le rattrapage scolaire, comme tous les autres services de l’association, n’occulte pas la vie familiale nécessaire à l’épanouissement de l’enfant. Roland, 11 ans, vient d’achever un puzzle où figurent tous les personnages de Disney. Son niveau scolaire est celui d’un enfant qui suit les programmes de la 11e. Roland aime les maths et la lecture. Il préfère de loin cette école spéciale à l’autre «où on me frappait», dit-il. Quand il est arrivé il y a trois ans au centre de Bourj-Hammoud, Roland ne parlait pas. Il ne savait ni lire ni écrire. Et il piquait une crise quand il était devant un papier ou un crayon. Chadi, lui, est en train de colorier un dessin «que l’école enverra en France pour célébrer le 25e anniversaire de l’Afel», raconte-t-il en souriant. Chadi, qui a 9 ans et qui fréquentait une école privée avant d’arriver au service de rattrapage de l’association, est un enfant hyperactif. «Mais je me suis beaucoup calmé depuis que je suis là», dit-il. Il tient à vous expliquer : «Dans l’autre école, je jetais souvent des bouteilles d’eau sur la maîtresse et je n’arrivais pas à tenir en place mais maintenant j’ai grandi et j’agis différemment», ajoute-t-il. Et preuve à l’appui, il montre les trois contrats qu’il a signés pour être plus calme et que la monitrice a accrochés au mur de la classe. Chadi évoque ses actuels passe-temps favoris. «Quand je rentre à la maison, je m’occupe de mes fleurs et de mes roses que j’ai plantées. On m’a aussi acheté des animaux ; j’ai un lapin, trois tortues et un chien», raconte-t-il en ajoutant qu’avant «de venir à l’Afel, j’étais capable d’écraser des poussins avec mes souliers». Yasmina, 11 ans, vient d’une localité un peu éloignée de Beyrouth. Avant de participer aux cours de rattrapage de l’Afel, Yasmina n’avait jamais mis les pieds dans une école. Elle suit actuellement le programme de la classe de 11e. Tous les jours à la sortie des classes, Yasmina attend sa mère qui fait un long trajet dans les transports en commun pour venir la chercher. «Après les cours, la plupart des élèves rentrent chez eux, d’autres se dirigent au centre d’accueil de Sin el-Fil relevant de l’association afin de poursuivre leur journée», indique la coordinatrice pédagogique de l’association. Ils ne rentreront à la maison qu’en soirée. «On n’arrache pas l’enfant à son milieu, l’internat est le dernier choix qui se présente. On œuvre donc à réhabiliter la famille afin qu’elle soit apte à s’occuper de l’enfant», ajoute-t-elle. À Sin-el-Fil, les enfants déjeuneront, feront leurs devoirs et prendront part aux activités d’éveil. Chaque été, le service de remise à niveau prévoit une colonie pour les élèves. Au cours des vacances donc, les tout petits participent durant 21 jours à des activités de divertissements.
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