Le premier procès en France d’un évêque pour non-dénonciation d’atteintes sexuelles sur mineurs de la part d’un prêtre dont il était le supérieur hiérarchique s’est ouvert jeudi devant le tribunal correctionnel de Caen (Ouest), alors que l’Église catholique est confrontée à une montée des affaires de pédophilie. Le procès de Mgr Pierre Pican, supérieur hiérarchique de l’abbé René Bissey, condamné en octobre 2000 à 18 ans de prison pour viols et agressions sexuelles sur onze enfants, a été marqué jeudi par les premières déclarations embarrassées de l’accusé et de l’un de ses proches. Mgr Pican et son bras droit, le vicaire général Michel Morcel, ont été interrogés sur ce qu’ils savaient exactement des actes commis par l’abbé Bissey. Pendant l’instruction, l’évêque avait affirmé méconnaître l’exacte réalité de ces actes, tout en invoquant le secret professionnel reconnu par une jurisprudence de 1891. L’évêque a déclaré jeudi devant le tribunal de Caen (Ouest) qu’il se refusait toujours à envisager de dénoncer un prêtre, même pédophile. En décembre 1996, la mère d’une victime avait révélé les agressions sexuelles commises sur son fils par l’abbé Bissey au vicaire général, qui avait aussitôt informé Mgr Pican. À ce propos, Mgr Pican a plaidé «une erreur d’appréciation» de la gravité des actes commis par le prêtre. Les deux ecclésiastiques ont reconnu devant le tribunal que les termes d’«actes de pédophilie» avaient bien été employés dans les conversations qu’ils avaient eues à cette époque. «Pour moi, il s’agissait d’attouchements», a précisé Mgr Pican. «J’ai rapporté dans les mêmes termes que Mme X : des actes de pédophilie», a assuré le vicaire général, très tendu à la barre, tandis que Mgr Pican semblait plutôt décontracté. «Tout ce que j’ai su dans cette affaire, toutes les informations que j’ai pu obtenir, je les ai transmises à mon évêque», a insisté le vicaire, qui a également avoué que l’abbé Bissey lui avait confié «qu’il y avait d’autres victimes», mais que rien n’avait été entrepris pour les identifier. Quant à la dénonciation de l’abbé Bissey, il n’en a, selon le vicaire, jamais été question. «Il y avait de la part de Mme X une volonté de ne pas dénoncer» et «nous étions dans une situation très délicate par rapport à l’état de santé de René Bissey», a plaidé M. Morcel. Poursuivi pour «non-dénonciation» d’atteintes sexuelles et de mauvais traitements sur mineurs de 15 ans, Mgr Pican risque jusqu’à trois ans d’emprisonnement. L’Église catholique, qui compte 25 000 prêtres, est confrontée en France à une montée des affaires de pédophilie, dont certaines se sont conclues par de lourdes condamnations de prêtres en cour d’assises pour des viols, ou devant des tribunaux correctionnels pour des faits qualifiés d’agressions sexuelles. Selon la Conférence des évêques de France, 19 prêtres sont actuellement mis en examen (inculpés), soit pour des viols, soit pour des agressions sexuelles sur mineurs de quinze ans, et sept d’entre eux attendent leur procès en détention. Par ailleurs, trente prêtres ont fait l’objet d’une condamnation récente, dont 11 à une peine de réclusion ou de prison ferme et 17 à une peine avec sursis. En novembre 2000, peu après que Mgr Pican eut témoigné devant la justice lors du procès Bissey, les évêques français s’étaient engagés à ne pas protéger leurs prêtres coupables d’actes de pédophilie. «Les crimes et délits commis par quelques-uns ne doivent pas jeter le discrédit sur tous», avaient-ils estimé. Selon le quotidien catholique La Croix, «l’Église de France a désormais pris la mesure du scandale» et «s’est donné les moyens d’agir afin que la justice puisse faire son œuvre», ce qui devrait lui permettre de «ne pas donner l’impression, naguère parfois ressentie, d’éprouver plus de compassion pour ses prêtres égarés que pour les enfants victimes».
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