Parmi les épices et condiments des rayons épices, et quand on a réussi à trouver son vulgaire poivre noir parmi tous les mélanges imposés, on peut se laisser aller à cette forme de rêverie hypnotique bercée par l’insidieux marshmallow sonore des supermarchés. Pour peu qu’on ait envie de ces moments d’abandon, une drogue douce faite de néons, de fraîcheur, d’appels visuels et olfactifs et de caresses auriculaires vous emporte. Se planter alors devant les aromates : on est bon pour le voyage. Les mots onduleront sur les étiquettes comme autant de bornes miroitant au soleil d’Orient. Une route idéale et chaotique vous mènera de genièvre en coriandre, de cardamome en curcuma, de macis en garingal en passant par le gingembre, le safran, le cumin, l’anis, le fenouil, le carvi, le curry, la cannelle, la muscade et jusqu’à la graine de paradis qui vous surprend à cligner des yeux et vous remet les pieds sur le linoléum. Vous verrez alors parmi les intrus : acide citrique, bicarbonate et Saleb-Orchis… C’est une habitude qui revient dès les premiers soirs de septembre. Dans le frémissement des platanes et le fond de l’air qui fraîchit, les conversations qui se prolongent, l’alcool qui mêle ses brumes à celles de l’automne annoncé en parfums de terre : c’est l’heure du sahlab. Lait chaud, sucre, cannelle et une pincée de Saleb-Orchis, poudre blanche si commune dans nos contrées. Ça fait du bien. On avale doucement, sans se poser de questions. Il a fallu un reportage d’Éric Hansen dans le très british The Sunday Telegraph. Le saviez-vous ? Cette poudre blanche, qui donne leur consistance à nos desserts lactés, est considérée en Turquie – dont elle est originaire – comme un puissant aphrodisiaque. Elle provient de bulbes d’orchidées (une variété spécifique du plateau anatolien) séchés et moulus jusqu’à l’obtention d’une farine qui épaissit la crème à un degré de dureté tel qu’il faut la battre avec une tige en acier d’un mètre vingt. Hansen nous apprend également que les bulbes ont la forme de petites boules ovoïdes se présentant par paires. Nous en arrivons aux mots. Saleb vient de l’arabe tha’lab qui signifie renard et par extension : testicules de renard. Orchidée vient lui-même du grec orchis, qui signifie… testicules. Voilà notre brave sahlab classé «autorisation parentale». Saison des glaces oblige, bientôt vous commanderez au comptoir : testicules de renard, deux boules ! Reste à vérifier l’effet. En y réfléchissant, il y aurait de quoi anéantir tous les gelati et autres ice-creams du marché, les pasteurisés, les cellophanés, ceux vendus «sans le pouce» vous savez, la petite pression du pouce qui fait de la place au rab offert ! NDLR : À force de voisiner avec la rubrique Bizarre, Impressions en a pris de la graine. Même dans un journal, on ne choisit pas ses voisins.
Parmi les épices et condiments des rayons épices, et quand on a réussi à trouver son vulgaire poivre noir parmi tous les mélanges imposés, on peut se laisser aller à cette forme de rêverie hypnotique bercée par l’insidieux marshmallow sonore des supermarchés. Pour peu qu’on ait envie de ces moments d’abandon, une drogue douce faite de néons, de fraîcheur, d’appels visuels et olfactifs et de caresses auriculaires vous emporte. Se planter alors devant les aromates : on est bon pour le voyage. Les mots onduleront sur les étiquettes comme autant de bornes miroitant au soleil d’Orient. Une route idéale et chaotique vous mènera de genièvre en coriandre, de cardamome en curcuma, de macis en garingal en passant par le gingembre, le safran, le cumin, l’anis, le fenouil, le carvi, le curry, la cannelle, la muscade et...
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