La campagne pour les législatives d’aujourd’hui, privée de suspense et de temps forts – à part le coup de poing d’un ministre à un manifestant –, a consacré la mainmise du Labour de Tony Blair sur le paysage politique britannique et la déconfiture de l’opposition conservatrice. Le coup de poing assené le 16 mai à un lanceur d’œufs par le vice-Premier ministre John Prescott, le visage congestionné et la cravate de travers, restera sans doute l’image la plus forte de la campagne, entamée le 8 mai. Avant et après, la campagne a été caractérisée par... l’ennui. «Ça a été très ennuyeux», analyse Peter Christopherson, directeur d’Echo Research, un centre d’études sur les médias. Les médias «n’ont pas réussi à trouver une manière intéressante de couvrir une campagne inintéressante». À part le coup de poing et le ralliement au Labour de la pulpeuse, ex-Spice Girl, Geri Halliwell, la presse n’a rien trouvé de croustillant à se mettre sous la dent. Pas de scandale, pas même de suspense. Jour après jour, les sondages ont assené les mêmes analyses : les travaillistes se dirigent vers une nouvelle victoire historique. Pas une fois, les tories n’ont semblé vraiment menacer les travaillistes, même si l’écart entre les deux partis s’est resserré à la veille du scrutin, passant à 11 points, contre une moyenne de 18 pendant la campagne. La campagne des conservateurs avait pourtant plutôt bien commencé. Leur chef William Hague avait pris de court le Labour en présentant son manifeste électoral deux jours après le lancement de la campagne. Mais un choix stratégique malheureux a littéralement plombé ce bon départ. William Hague et son équipe ont tenté de transformer le scrutin en, de leur propre aveu, un référendum sur une adhésion du Royaume-Uni à l’euro. Les tories ont même mobilisé l’ancien Premier ministre Margaret Thatcher, laquelle, fidèle à sa réputation, n’a pas mâché ses mots, répétant son opposition définitive à l’euro... alors que la ligne officielle de son parti est un rejet pour les cinq prochaines années seulement. «Toutes les études montrent qu’un parti ne peut pas gagner en menant une campagne sur un seul sujet», explique Peter Christopherson. Tony Blair a même réussi à retourner la situation à son avantage. En s’engageant en faveur de l’euro, dans une interview au Financial Times et pour la première fois aussi clairement, le Premier ministre a pris un risque limité : les sondages ont souligné une érosion significative de l’opposition à l’euro et ont classé la monnaie unique en... 11e position des préoccupations des Britanniques. William Hague a bien tenté de modifier sa campagne. Il s’est concentré sur l’immigration, prônant une ligne dure, puis, après avoir été accusé d’encourager le racisme, a salué la richesse de la diversité des cultures. Margaret Thatcher, de son côté, expliquait «détester le principe du multiculturel». Résultat, les tories ont projeté une image d’incohérence et de confusion, perçue même au sein du parti. Selon un sondage publié hier, 4 % seulement des conservateurs pensaient que leur parti gagnerait les élections. En face, Tony Blair a joué sur du velours. Tentant même de retourner à son profit les lacunes de son premier mandat en matière de santé, éducation et transports, plaidant pour «plus de temps pour améliorer tout cela». Le comédien John Cleese, ancienne vedette des Monty Python, s’est lui «ennuyé à mourir» pendant la campagne. Il a d’ailleurs appelé les électeurs à voter pour le troisième parti du pays, les libéraux-démocrates. Les seuls, de l’avis général, à avoir mené une campagne véritablement enthousiaste.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La campagne pour les législatives d’aujourd’hui, privée de suspense et de temps forts – à part le coup de poing d’un ministre à un manifestant –, a consacré la mainmise du Labour de Tony Blair sur le paysage politique britannique et la déconfiture de l’opposition conservatrice. Le coup de poing assené le 16 mai à un lanceur d’œufs par le vice-Premier ministre John Prescott, le visage congestionné et la cravate de travers, restera sans doute l’image la plus forte de la campagne, entamée le 8 mai. Avant et après, la campagne a été caractérisée par... l’ennui. «Ça a été très ennuyeux», analyse Peter Christopherson, directeur d’Echo Research, un centre d’études sur les médias. Les médias «n’ont pas réussi à trouver une manière intéressante de couvrir une campagne inintéressante». À...