Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologies

Ils dessinent des chaises, des tables et des maisons sans les avoir jamais vues de leur vie. Ils sont aveugles de naissance mais lorsqu’ils ont un crayon en main, ils tracent avec exactitude les objets qui leur sont devenus familiers grâce au toucher. Ceci n’est ni surprenant ni étrange pour John Kennedy, professeur de psychologie de l’art à l’université de Toronto et expert des images réalisées par des non-voyants. De passage à Washington, il a exposé en détail sa théorie sur ce phénomène, tout passionné qu’il est par ses recherches dans ce domaine. «C’est toujours en tant que personne voyante que nous avons abordé l’image. En personne enfermée dans ce que voient nos yeux. L’image ne pouvait exister que pour ceux qui voient», explique-t-il. Aujourd’hui, il veut prouver que ce processus est universel et qu’il peut être mu par le toucher, y compris chez les sujets qui ne connaissent le monde que par ce sens. Selon lui, le concept des images est vital pour les êtres humains de toutes les races et de toutes les conditions car il aide à organiser le monde autour de soi. Cela vaut pour les voyants et les non-voyants. John Kennedy a des preuves à l’appui. Telle celle d’une petite aveugle italienne de 13 ans, nommée Gaia qui après avoir «senti», dès l’âge de trois ans, des dessins faits par sa mère a pu les reproduire. Elle n’est pas unique en son genre, précise-t-il. Il cite le cas d’un adulte, également aveugle, auquel il avait donné un crayon et du papier, outils qu’il n’avait jamais eu en main. L’homme qui pensait ne rien savoir du dessin, s’est mis à reproduire des objets qu’il avait l’habitude de toucher. Le toucher, l’autre corridor du cerveau Qui plus est, les non-voyants ont un grand sens des perspectives. L’un d’entre eux a représenté une table vue de haut : pour lui, c’était un grand carré. Quand on lui a demandé comment elle serait vue du bas, il a prolongé les quatre coins par quatre lignes. Ce qui, pour Kennedy, atteste qu’il existe une compréhension humaine universelle de la manière dont les traces traduisent les objets et l’espace. Il explique ainsi ce mécanisme : «La vision est juste un accès au cerveau qui vous mène vers d’autres régions mentales. Vous pouvez parvenir à ces mêmes régions par une autre voie, le toucher, chemin qu’empruntent les aveugles». Si les autres spécialistes dans ce domaine ne trouvent rien à redire sur la thèse du professeur Kennedy, ils suggèrent toutefois d’explorer davantage les réactions des aveugles vis-à-vis du dessin, avant d’affirmer qu’elles sont les mêmes que celles des voyants. Il est un autre tabou que Kennedy voudrait éliminer : «celui qui dit que les images réalistes excellent à dépeindre le monde parce que nous avons été habitués à les lire ainsi. De même qu’il y a une autre notion préconçue qui implique que les peuples primitifs ne peuvent déchiffrer une image qu’ils voient pour la première fois. Alors qu’il y a des représentations compréhensibles pour toutes les cultures, même si elles n’ont jamais fait partie de leur mode de vie. Les dessins des aveugles viennent attester d’une universalité plus vaste que celle dont on pouvait rêver». Des idées qui bouleversent l’ordre des choses mais dont l’impact incontestable a valu à leur créateur la haute estime de ses pairs: l’American Psychological Association doit lui décerner, en août prochain, le prix Arnheim, une distinction qui récompense chaque année un scientifique dont les travaux sont d’un apport majeur dans le domaine de la psychologie de l’art. Et Rudolph Arnheim, qui a donné son nom au prix, est un grand pionnier en la matière. Agé aujourd’hui de 96 ans, il reconnaît tout l’avantage que l’on pourrait tirer de l’étude du processus graphique chez les aveugles.
Ils dessinent des chaises, des tables et des maisons sans les avoir jamais vues de leur vie. Ils sont aveugles de naissance mais lorsqu’ils ont un crayon en main, ils tracent avec exactitude les objets qui leur sont devenus familiers grâce au toucher. Ceci n’est ni surprenant ni étrange pour John Kennedy, professeur de psychologie de l’art à l’université de Toronto et expert des images réalisées par des non-voyants. De passage à Washington, il a exposé en détail sa théorie sur ce phénomène, tout passionné qu’il est par ses recherches dans ce domaine. «C’est toujours en tant que personne voyante que nous avons abordé l’image. En personne enfermée dans ce que voient nos yeux. L’image ne pouvait exister que pour ceux qui voient», explique-t-il. Aujourd’hui, il veut prouver que ce processus est universel et...