L’ombre de l’imam Khomeyni, le fondateur de la République islamique, dont le douzième anniversaire de la mort est célébré aujourd’hui, plane sur la campagne pour l’élection présidentielle. Le visage du vieil homme, qui a renversé en 1979 le chah d’Iran et mis fin à 2 500 ans de monarchie, est affiché à chaque carrefour, voisinant généralement avec l’ayatollah Ali Khamenei, son successeur. Une citation du guide actuel affirmant que «Khomeyni est une réalité éternelle» accompagne les portraits. L’anniversaire de la mort de Khomeyni, un des temps forts de l’année politique et religieuse en Iran, tombe cette année en pleine campagne électorale. Le président réformateur sortant Mohammad Khatami, comme tous les autres candidats, respecte une pause dans sa campagne en signe de recueillement envers le fondateur de la République islamique. Pour la première fois, cette célébration n’est plus seulement synonyme de deuil et revêt un aspect moins austère. La radio d’État diffuse de la musique non religieuse. L’ancien président Ali Akbar Hachémi-Rafsandjani, nouvel inspirateur du courant conservateur, et M. Khamenei lui-même se rendront à Bechet-e-Zahra, le mausolée de Khomeyni situé dans la banlieue sud de Téhéran. M. Khatami, pas plus que les autres candidats, ne pourra faire une telle démarche, ce qui serait en contravention avec les règles de la campagne électorale, qui interdit toute utilisation des moyens officiels. Toutefois, tous les candidats, à leur façon, tentent de «récupérer» l’héritage de Khomeyni. Ainsi, les conservateurs Ahmad Tavakoli, Ali Fallahian et Abdollah Jasbi rendent hommage sur hommage à l’imam Khomeyni et rappellent leur fidélité «indéfectible» à son enseignement. Mais M. Khatami n’est pas en reste. Vendredi dernier, une de ses rares sorties de campagne fut pour la mosquée Djamaran, située à côté de l’ancienne résidence de Khomeyni, dans le nord de Téhéran. Il a évoqué l’«attachement de Khomeyni à la notion de République islamique» et cité l’imam comme celui qui a «conjugué les valeurs religieuses et le progrès». Aux côtés de M. Khatami, on retrouvait vendredi soir l’actuel président du Parlement (Majlis), Mehdi Karoubi, ancien proche de Khomeyni et ex-président de la fondation du Martyre, institution d’État protégeant les familles de tous les combattants tués en «soldats de l’islam». «C’est Khomeyni qui a permis au peuple de décider de son sort», a dit M. Karoubi. M. Khatami avait aussi près de lui Ali Akbar Mohtachémi, ancien ambassadeur en Syrie et principal fondateur du Hezbollah. Parmi les proches du président figure également l’ayatollah Mohammad Tavassoli, ancien directeur du bureau de l’imam, souvent considéré comme le «père spirituel» de Khatami. Le quartier Djamaran fait l’objet d’une polémique. Les autorités veulent le classer «monument historique», empêchant toute nouvelle construction, au grand dam de certains habitants qui aimeraient une modernisation.
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