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Actualités - Opinions

IMPRESSIONS - Les cahiers au feu

On se découvre d’un fil, puis de deux. On enlève le haut. La météo, sa courbe désormais plate, on la prend sur la peau. Et la rue qui bruit tout à coup de mille rumeurs, de mille vies : c’est à cause des fenêtres. On avait perdu l’habitude de les garder ouvertes. Et les courants capricieux du vent, qui vous rattrapent jusqu’au fond des couloirs, vous ébouriffent, font mine de vous soulever, puis s’arrêtent et vous laissent pantelant et suant. On cale les portes. La ville envahit la maison, impose son rythme, ses clochers, ses minarets, ses prières croisées, ses bennes à déchets, ses avertisseurs, ses chantiers, ses impatiences. Effluves de poisson frit, les vendredis. Et puis les yeux fermés, on sent tomber le soir. Un reste de géraniums et de bougainvillées, un amandier rachitique dans un terrain vague, un bigaradier solitaire émergeant d’un trottoir, leurs parfums sont les songes d’une ville antérieure. Pas de doute : c’est l’été. Après le calfeutrage douillet de l’hiver, on ne s’appartient plus. C’est pourtant le moment où l’on a le plus besoin de soi-même. La saison des échéances et des bilans. On se prend la tête. Il faut passer, de classe, le BEPC, le bac; le semestre, rattraper le temps volé, les pages perdues, les cours loupés. Et la tension qui monte, l’esprit chauffé à blanc. Désormais tout est blanc. Blanc dans la tête, blanc le sable des plages et blanches les rues et les dalles de béton. Blanc sur soi, besoin de coton. Blanche la lumière qui tantôt force les contrastes et tantôt les inonde : alors tout est plat, comme écrasé. L’échine se courbe imperceptiblement. Les yeux cherchent au sol le refuge d’une ombre. Que tout se passe enfin, et qu’arrivent les vacances. Alors on verra bien, dans le temps qui s’englue, les journées qui n’en finissent plus, le moyen d’émerger. Ceux qui sont partis reviendront un moment. Il s’agira alors de croiser ceux qui sont restés et qui n’ont qu’une envie… Il y aura aussi les premières hâtes de se jeter à l’eau, vite englouties par la routine et la déception toujours renouvelée de constater que l’horizon recule. Il y aura la montagne, les cigales et les feux d’artifice, les longues transhumances, et que faire des enfants. Par-dessus tout, il y aura l’ennui et le droit à l’ennui, terreau des rêves impossibles et des amours attisées, des ébauches créatives des distractions futiles, des tapettes à mouches et des éventails à l’heure du carton. Feux. Les enfants que nous sommes le savent. L’été est le pyromane de l’année écoulée. Longtemps nous avons rêvé, au dernier jour d’école, d’un immense feu de joie. Un autodafé purificateur où s’en iraient brûler les souvenirs des contraintes quotidiennes, les heures passées à résoudre des problèmes sans lien apparent avec la vie. Et danser autour des cendres fumantes la danse de l’oubli. Se réveiller le lendemain avec la douce incertitude de la liberté, cette continuité blanche où le temps se perd et où l’on se dessine en grand.
On se découvre d’un fil, puis de deux. On enlève le haut. La météo, sa courbe désormais plate, on la prend sur la peau. Et la rue qui bruit tout à coup de mille rumeurs, de mille vies : c’est à cause des fenêtres. On avait perdu l’habitude de les garder ouvertes. Et les courants capricieux du vent, qui vous rattrapent jusqu’au fond des couloirs, vous ébouriffent, font mine de vous soulever, puis s’arrêtent et vous laissent pantelant et suant. On cale les portes. La ville envahit la maison, impose son rythme, ses clochers, ses minarets, ses prières croisées, ses bennes à déchets, ses avertisseurs, ses chantiers, ses impatiences. Effluves de poisson frit, les vendredis. Et puis les yeux fermés, on sent tomber le soir. Un reste de géraniums et de bougainvillées, un amandier rachitique dans un terrain vague, un...