Le monde islamique a durci le ton contre Israël en décidant de rompre tout lien politique avec lui lors d’une conférence à Doha sur l’intifada, en l’absence des chefs de la diplomatie de deux des principaux pays arabes modérés, l’Arabie séoudite et l’Égypte. L’Organisation de la conférence islamique (OCI, qui compte 56 membres), réunie au niveau des ministres, a annoncé dans la nuit de samedi «l’arrêt de tous les contacts politiques avec Israël» et recommandé «la rupture» des relations que certains d’entre eux ont établies avec l’État juif dans le cadre du processus de paix israélo-arabe. Cette mesure a été saluée par l’Autorité palestinienne, engagée dans une campagne diplomatique contre Israël, alors que les violences entre les deux parties ont fait plus de 550 tués en près de huit mois, en grande majorité des Palestiniens. «C’est un appel à l’isolement d’Israël», a déclaré à la presse le ministre palestinien de la Coopération internationale Nabil Chaath, qui s’est toutefois borné à «espérer l’application» des décisions et recommandations de la conférence. Un appel à une rupture avec Israël, lancé par le 9e sommet de l’OCI tenu également à Doha, avait été peu suivi des pays membres, dont la Mauritanie et la Turquie, ayant maintenu les pleines relations diplomatiques. Le Qatar, qui a annoncé en novembre la fermeture de la mission commerciale de l’État juif, mais où se trouvaient encore début mai des fonctionnaires israéliens, a affirmé samedi «le gel» des relations avec Israël. «Nos relations avec Israël sont gelées», a déclaré à la presse le ministre qatariote des Affaires étrangères cheikh Hamad ben Jassem al-Thani, qui n’a toutefois pas nié qu’«il y ait quelqu’un dans ce bureau, comme un secrétaire». Cette situation a irrité certains membres de l’OCI, notamment l’Arabie séoudite et l’Égypte, dont les ministres des Affaires étrangères Séoud al-Fayçal et Ahmed Maher ont boycotté la réunion de Doha. La Tunisie, le Maroc et Oman, qui ont ouvert des missions israéliennes sur leur territoire, ont annoncé avoir fermé ces représentations, peu après le déclenchement de l’intifada le 28 septembre. «Nous avons des preuves que ces trois missions sont fermées», a assuré M. Chaath. Mais sur le plan diplomatique, les Palestiniens ont subi un revers. Sous la pression de la Syrie et de l’Iran, tenants d’une ligne dure face à Israël, la conférence n’a fait aucune mention du plan égypto-jordanien et du rapport de la commission internationale présidée par l’ancien sénateur américain George Mitchell sur les moyens de mettre fin aux violences israélo-palestiniennes. Un passage d’un projet du communiqué final qui se réfère à cette initiative et au rapport Mitchell, tous deux soutenus par l’Autorité palestinienne, a été supprimé dans l’ultime version. L’absence des chefs de la diplomatie séoudien et égyptien a «laissé le champ libre à leurs collègues syrien Farouk al-Chareh et iranien Kamal Kharazi pour durcir le ton contre Israël et empêcher un soutien, même implicite, aux chances de relancer le processus de paix», a expliqué un membre d’une délégation arabe. En outre, un engagement pris à Doha par les pays islamiques d’apporter un soutien matériel aux Palestiniens «risque de rester lettre morte», a expliqué le même délégué, rappelant que «les pays arabes, qui représentent plus du tiers des membres de l’OCI, n’ont pas encore totalement honoré leur engagement à verser une aide d’un milliard de dollars en faveur de l’intifada», a-t-il ajouté.
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